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VIGNON Claude

Qui est Claude Vignon ?

Nom complet : Marie-Noémie Cadiot, épouse Constant puis Rouvier, dite Claude Vignon.
Naissance : 12 décembre 1828 (Paris, France).
Mort : 10 avril 1888 (Villefranche-sur-Mer, France) à 59 ans.
Pseudonyme : Claude Vignon ; elle signe aussi certains articles Henri Morel.
Activités : sculptrice, critique d’art, journaliste, romancière et féministe française.

Où se trouve la tombe de Claude Vignon ?

La tombe de Claude Vignon se trouve dans la division 46 du cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 46
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Claude Vignon au Père-Lachaise

Tombe de Claude Vignon avant la repose du buste
La tombe de Claude Vignon en 2024, avant la restitution du buste en bronze. Photo : ManoSolo13241324 / Wikimedia Commons, CC0.

La sépulture de Claude Vignon, pseudonyme de Marie-Noémie Cadiot, se trouve dans la 46e division du Père-Lachaise. Le monument, conçu par l’architecte Xavier Girard, prend la forme d’une haute stèle architecturée, surmontée d’un fronton et encadrée de pilastres. Il fut inauguré en 1888, quelques mois après la mort de l’artiste.

Au centre se trouve aujourd’hui de nouveau son autoportrait en buste de bronze, réalisé et signé par Claude Vignon elle-même en 1883. Ce buste, haut d’environ 80 centimètres, avait été volé en novembre 2006, retrouvé en 2009, puis finalement replacé sur la tombe en avril 2025.

Sous le portrait, le monument est décoré d’une palme, d’une guirlande de fleurs et des attributs de ses deux activités principales : la sculpture et l’écriture. Les inscriptions portent les noms de Claude Vignon, Louis Vignon et Noémie Clorinde Vignon, rappelant le caractère familial de la sépulture.

Tombe restaurée de Claude Vignon avec son buste en bronze
La tombe de Claude Vignon en mai 2025, après la repose de son autoportrait en bronze. Photo : ManoSolo13241324 / Wikimedia Commons, CC0.

Biographie de Claude Vignon

Marie-Noémie Cadiot naît à Paris le 12 décembre 1828. Son père, Louis-Florian-Marcellin Cadiot, a travaillé dans la presse sous la Restauration avant d’exercer comme sous-préfet ; sa mère, Alexandrine-Zoé de Montbarbon, appartient elle aussi à cet univers bourgeois où l’instruction et les débats publics occupent une place réelle. Pensionnaire à l’institution Chandeau de Choisy-le-Roi, la jeune Noémie reçoit une éducation plus étendue que celle accordée à beaucoup de filles de sa génération. Elle manifeste tôt une attirance pour l’écriture, le dessin et les idées sociales qui agitent la monarchie de Juillet.

Une jeunesse saisie par les idées nouvelles

En 1843, encore adolescente, elle rencontre Alphonse-Louis Constant, ancien séminariste engagé dans les courants socialistes et religieux de son temps, qui deviendra célèbre sous le nom d’Éliphas Lévi. Une correspondance se noue entre eux. En 1846, Noémie quitte le domicile familial pour vivre avec lui et l’épouse civilement. Leur fille Marie naît en septembre 1847 ; elle meurt en 1854, à seulement sept ans. Le couple se sépare dans un contexte juridique particulièrement défavorable aux femmes : le droit matrimonial du XIXe siècle limite leur autonomie, leur pouvoir sur les biens et leurs possibilités de rompre une union devenue impossible.

Claude Vignon dessinée par James Pradier vers 1850
Portrait au fusain de Claude Vignon par James Pradier, vers 1850. Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon / Wikimedia Commons, domaine public.

La révolution de 1848 constitue une étape décisive. Noémie Cadiot fréquente le Club des femmes animé autour d’Eugénie Niboyet et participe au bouillonnement féministe de la Seconde République. Les militantes réclament une citoyenneté véritable, l’accès au travail, l’instruction, la maîtrise des biens et une réforme du mariage. Ces revendications touchent directement sa propre expérience. Si la réaction politique referme rapidement cet espace de liberté, elles demeurent présentes dans ses écrits, où les contraintes imposées aux femmes, la dépendance conjugale et le conflit entre aspiration personnelle et ordre social reviennent régulièrement.

L’apprentissage de la sculpture auprès de Pradier

Parallèlement, Noémie se forme à la sculpture auprès de James Pradier, l’un des artistes officiels les plus reconnus de la monarchie de Juillet. Dans un milieu où les femmes ont difficilement accès aux ateliers, aux modèles vivants et aux grandes commandes, cet apprentissage lui ouvre un véritable métier. Pradier dessine son portrait vers 1850. Elle expose d’abord sous le nom de Noémie Constant et présente au Salon des sujets inspirés de l’Antiquité, domaine prestigieux de la sculpture académique. L’Enfance de Bacchus, puis Dans les prés d’Arcadie ou Idylle, montrent sa volonté de se mesurer aux genres réputés majeurs.

Dès 1851, elle publie aussi des comptes rendus de Salon. Elle ne se contente donc pas de produire des œuvres : elle intervient dans le discours qui les classe, les juge et les rend visibles. Sa critique défend la statuaire comme une forme élevée de l’art et revendique une position éclectique, attentive à la tradition autant qu’aux recherches contemporaines. Cette double activité de praticienne et de commentatrice est rare, plus encore pour une femme. Elle l’aide à construire une autorité dans la vie artistique parisienne tout en révélant les résistances auxquelles les créatrices restent confrontées.

Portrait peint de Claude Vignon par Gaston Casimir Saint-Pierre
Portrait de Claude Vignon par Gaston Casimir Saint-Pierre, entre 1855 et 1888. Château de Versailles / Wikimedia Commons, domaine public.

Claude Vignon, un nom d’artiste devenu légal

Elle adopte progressivement le pseudonyme masculin de Claude Vignon, emprunté à un personnage de Balzac. Ce nom lui permet de réunir ses carrières de sculptrice, d’écrivaine et de journaliste sous une identité publique immédiatement reconnaissable. Un décret du 26 août 1866 l’autorise officiellement à le porter. Le choix d’un nom masculin n’est pas anodin dans un monde où le travail des femmes est souvent minoré : il déjoue certains préjugés, tout en créant une figure d’auteur et d’artiste qu’elle maîtrise elle-même.

Sa carrière bénéficie de commandes publiques importantes. Proche de l’architecte Hector Lefuel, elle travaille aux décors du Louvre : génies des lettres et des sciences dans l’escalier Lefuel, allégories du Printemps et de L’Automne sur les ailes du palais. Elle intervient également aux Tuileries et à l’hôtel du ministre d’État. En 1863, son bas-relief central est installé à la fontaine Saint-Michel. Elle réalise aussi les quatre Vertus cardinales pour le porche de l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement. Ces chantiers inscrivent son œuvre dans l’architecture monumentale du Paris transformé sous le Second Empire.

Modèles sculptés du Printemps de Noémie Constant pour le palais du Louvre
À gauche, le modèle du Printemps de Noémie Constant pour le palais du Louvre, photographié par Édouard Baldus vers 1855-1857. Rijksmuseum / Wikimedia Commons, CC0.

Soutenue par l’impératrice Eugénie, Claude Vignon reçoit à partir de 1862 une pension annuelle. Cette aide suscite des commentaires dans une époque où la reconnaissance officielle accordée à une artiste peut être réduite à la faveur politique. Elle répond publiquement qu’une pension permettant à une femme vivant de son travail de se consacrer à l’art n’a rien d’illégitime. Après la chute de l’Empire, elle poursuit d’ailleurs sa carrière et continue d’exposer. Sa production comprend des sculptures mythologiques, des bas-reliefs architecturaux et de nombreux portraits, notamment ceux d’Hector Lefuel, du baron Haussmann et d’Adolphe Thiers.

Le Pêcheur à l’épervier et la reconnaissance publique

Commandé par l’État en 1876 et présenté à l’Exposition universelle de 1878, Le Pêcheur à l’épervier compte parmi ses réussites les plus remarquées. La figure en marbre s’inscrit dans la tradition des jeunes pêcheurs popularisée par François Rude et Jean-Baptiste Carpeaux. Elle révèle son goût pour le mouvement et pour une observation attentive du corps. L’œuvre est affectée à des collections publiques, tandis qu’une copie en bronze sera plus tard installée à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Claude Vignon participe encore aux salons de l’Union des femmes peintres et sculpteurs en 1882, 1885 et 1886, rejoignant un réseau créé pour accroître la visibilité professionnelle des artistes femmes.

Journaliste au cœur de la vie parlementaire

Son activité journalistique est tout aussi novatrice. Correspondante de L’Indépendance belge, quotidien libéral publié à Bruxelles et attentivement lu en France, elle assure le « courrier de la Chambre ». Elle est présentée comme la première femme admise à suivre régulièrement les débats depuis la tribune de la presse parlementaire. Son regard porte sur les séances, les rapports de force et les transformations institutionnelles, alors même que les Françaises ne disposent pas du droit de vote. Sous le pseudonyme d’Henri Morel, elle rend également compte des travaux de l’Assemblée nationale installée à Versailles entre 1871 et 1876.

Elle collabore à de nombreux périodiques, parmi lesquels Le Tintamarre et Le Moniteur universel, et publie critiques, chroniques et feuilletons. Cette présence dans la presse lui donne une autonomie intellectuelle inhabituelle et prolonge son engagement en faveur des femmes par l’exemple même de sa carrière. Elle ne limite cependant pas ses sujets à la condition féminine : art, littérature, politique et observation sociale se mêlent dans une œuvre abondante, portée par le rythme de la publication périodique.

Page de titre des Nouvelles de Claude Vignon
Page de titre des Nouvelles de Claude Vignon, édition de 1891. Wikimedia Commons, domaine public.

Une romancière attentive aux vies féminines

Claude Vignon publie des nouvelles, des récits de voyage et de nombreux romans. Contes à faire peur, paru en 1857, explore le fantastique ; Jeanne de Mauguel, Victoire Normand et Un drame en province installent sa réputation de romancière. Plus tard viennent Un naufrage parisien, Château-Gaillard, Les Drames ignorés, Révoltée !, Une Femme romanesque, Une Parisienne, Vertige et Étrangère. Plusieurs de ces textes mettent au premier plan des personnages féminins aux prises avec le mariage, la réputation, l’argent et l’étroitesse des rôles sociaux.

Son écriture appartient pleinement à la culture littéraire du Second Empire et des débuts de la Troisième République. Elle utilise les formes populaires du feuilleton et du roman de mœurs, tout en y introduisant une connaissance directe de la dépendance juridique et économique des femmes. Le pseudonyme Claude Vignon circule ainsi entre les pages des journaux, les couvertures de livres et les catalogues du Salon. Cette continuité est l’une des particularités de son parcours : elle refuse de choisir entre l’ébauchoir, la plume du critique et celle du romancier.

Maurice Rouvier et les dernières années

Le 3 septembre 1872, elle épouse le journaliste et député Maurice Rouvier, futur ministre et président du Conseil. Leur union la place au voisinage immédiat de la vie politique républicaine, mais elle conserve son nom d’artiste et poursuit ses propres activités. Elle demeure membre de la Société des gens de lettres et continue à exposer comme à publier. Ses dernières années se partagent entre Paris et la Côte d’Azur, où Rouvier possède des attaches et où elle travaille encore.

Signature de Marie-Noémie Cadiot sous le nom Claude Vignon
Signature de Marie-Noémie Cadiot sous son pseudonyme Claude Vignon. Bibliothèque numérique de l’INHA / Wikimedia Commons, domaine public.

Claude Vignon meurt le 10 avril 1888 à Villefranche-sur-Mer, à cinquante-neuf ans. Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 46. En 1890, Maurice Rouvier offre à Saint-Jean-Cap-Ferrat une copie en bronze du Pêcheur à l’épervier en hommage à son épouse. Une édition de ses œuvres paraît en 1891 avec une préface de Jules Simon, qui souligne l’originalité de cette double vocation d’écrivaine et de statuaire. Longtemps mieux connue pour ses articles que pour sa sculpture, Claude Vignon fait depuis le début du XXIe siècle l’objet de nouvelles recherches qui permettent de restituer l’ampleur de son travail artistique, littéraire et journalistique.

Œuvres principales

Sculptures : L’Enfance de Bacchus (1852) ; Dans les prés d’Arcadie ou Idylle (1853-1857) ; Daphné (1866) ; Bacchus enfant (1869) ; buste de Jean de La Fontaine (1873-1874) ; Le Pêcheur à l’épervier (commande de 1876, présenté en 1878) ; portraits d’Hector Lefuel, du baron Haussmann et d’Adolphe Thiers.
Décors monumentaux : sculptures du palais du Louvre ; bas-relief central de la fontaine Saint-Michel ; Vertus cardinales de l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement.
Livres : Contes à faire peur (1857) ; Jeanne de Mauguel (1861) ; Victoire Normand (1862) ; Un drame en province (1863) ; Un naufrage parisien (1869) ; Château-Gaillard (1874) ; Révoltée ! (1879) ; Une Parisienne (1882) ; Étrangère (1885) ; Vingt Jours en Espagne (1885).

Distinctions et fonctions

Première femme correspondante parlementaire admise à suivre régulièrement les débats depuis la tribune de la presse.
Correspondante de L’Indépendance belge et chroniqueuse parlementaire sous le pseudonyme Henri Morel.
Membre de la Société des gens de lettres.
Artiste soutenue par une pension impériale à partir de 1862.
Participante aux Salons et aux expositions universelles de 1855, 1867 et 1878.
Exposante de l’Union des femmes peintres et sculpteurs en 1882, 1885 et 1886.
Pseudonyme Claude Vignon légalement autorisé par décret du 26 août 1866.