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ROBLÈS Jacob

Qui est Jacob Roblès ?

Nom complet : Jacob Roblès.
Naissance : 15 avril 1782 (Port-au-Prince, Haïti).
Mort : 10 mars 1842 (Paris, France) à 59 ans.
Activité : négociant.
Notoriété : sa sépulture porte Le Silence, célèbre médaillon funéraire d’Auguste Préault.

Où se trouve la tombe de Jacob Roblès ?

La tombe de Jacob Roblès se trouve dans la division 07 du cimetière du Père-Lachaise, dans l’ancien enclos israélite. Elle est notamment reconnaissable au médaillon en marbre placé dans la partie supérieure de la stèle.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 07
Plan du cimetière du Père-Lachaise : la sépulture de Jacob Roblès se situe dans la division 07.

Le monument funéraire de Jacob Roblès au Père-Lachaise

La sépulture de Jacob Roblès est une tombe de marbre entourée d’une grille métallique. La stèle, sobre dans son architecture, reçoit un décor sculpté beaucoup plus expressif. Deux colombes s’abreuvent à une coupe au-dessus d’une guirlande suspendue au cartouche. Plus haut, dans un renfoncement circulaire, apparaît Le Silence, médaillon en haut relief exécuté en 1842 par Antoine-Augustin Préault, couramment appelé Auguste Préault.

L’œuvre, d’environ cinquante centimètres de diamètre, montre une tête voilée dont l’index droit se pose verticalement sur les lèvres. Le sexe et l’âge du personnage demeurent indéterminés. Le voile resserre le visage, tandis que le geste impose le mutisme avec une autorité presque inquiétante. Préault ne livre ni portrait du défunt ni allégorie funéraire conventionnelle : il donne une forme au secret de la mort. Cette invention radicale valut au médaillon les titres de Le Silence, de Masque funéraire et parfois de Le Mystère de la mort.

Présenté en bronze au Salon de 1849, sept ans après sa création pour le tombeau, Le Silence remporta un grand succès. Théophile Gautier fut frappé par cette figure énigmatique. Des épreuves en plâtre et en bronze furent réalisées ; Paul Huet, Camille Corot et Nadar comptèrent parmi les possesseurs d’un exemplaire. Le médaillon de la division 07 est aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure de la sculpture romantique et comme l’un des monuments les plus marquants du Père-Lachaise.

Tombe de Jacob Roblès au Père-Lachaise
Vue générale de la tombe de Jacob Roblès et de son médaillon Le Silence. Photo : 9jules9 / Wikimedia Commons, CC BY 3.0.
Médaillon Le Silence d’Auguste Préault sur la tombe de Jacob Roblès
Le Silence, médaillon en marbre sculpté par Auguste Préault en 1842. Photo : 9jules9 / Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

Biographie de Jacob Roblès

Jacob Roblès naît le 15 avril 1782 à Port-au-Prince, dans la colonie française de Saint-Domingue, future Haïti. Les documents biographiques conservés à son sujet sont rares : son nom est aujourd’hui beaucoup mieux connu grâce à son tombeau qu’à des archives détaillant son parcours. Les sources anciennes le présentent comme un négociant établi à Paris, sans permettre de reconstituer précisément sa famille, sa formation, la nature de son commerce ou la date de son arrivée en France.

Une naissance à Port-au-Prince

Roblès voit le jour dans l’un des principaux ports de Saint-Domingue, alors au cœur des échanges atlantiques. Son enfance coïncide avec les dernières années de l’Ancien Régime colonial, puis avec une période de bouleversements majeurs : la Révolution française, l’insurrection de Saint-Domingue à partir de 1791 et l’indépendance d’Haïti en 1804. Aucun document aisément accessible ne permet cependant d’affirmer de quelle manière ces événements affectèrent personnellement sa famille. La prudence impose donc de ne pas transformer le contexte général de l’île en récit individuel.

Vue de Port-au-Prince à la fin du XVIIIe siècle
Vue de Port-au-Prince en 1791, ville natale de Jacob Roblès. Gravure d’après Alexis-Nicolas Pérignon par Nicolas Ponce, Wikimedia Commons, domaine public.

La mention de Port-au-Prince reste néanmoins essentielle. Elle inscrit Jacob Roblès dans les circulations commerciales et humaines qui relient alors les Antilles et les ports européens. Son activité ultérieure de négociant correspond à cet univers de réseaux, de crédits, de marchandises et de déplacements. Mais les registres connus ne permettent pas de préciser les produits dont il faisait commerce ni l’importance exacte de ses affaires.

Un négociant à Paris

À l’âge adulte, Roblès est établi à Paris. Le mot « négociant » désigne alors un entrepreneur du commerce de gros ou de longue distance, à distinguer du simple marchand au détail. Il suppose généralement des relations d’affaires étendues, mais ne suffit pas à identifier une maison de commerce particulière. La discrétion des sources contraste avec la qualité et le coût de la sépulture élevée après sa mort : celle-ci témoigne d’une situation aisée et d’un entourage soucieux de lui consacrer un monument durable.

Jacob Roblès appartient à la communauté juive parisienne et est inhumé dans la partie historiquement réservée aux sépultures israélites du Père-Lachaise. Cet espace, ouvert dans les premières décennies du cimetière, conserve plusieurs monuments importants. La concession funéraire fut acquise par ses héritiers le jour même de son décès, le 10 mars 1842. Ce geste rapide indique que l’organisation de ses funérailles et de sa mémoire fut immédiatement prise en charge par sa famille.

Ancienne représentation du tombeau de Jacob Roblès
Représentation ancienne du tombeau de Jacob Roblès, montrant sa composition d’origine. Wikimedia Commons, domaine public.

La commande à Auguste Préault

La rencontre entre la mémoire d’un négociant peu documenté et l’un des sculpteurs les plus audacieux du romantisme fait toute la singularité de cette histoire. Selon les notices consacrées au monument, Préault aurait connu Roblès par l’intermédiaire d’Alphonse de Lamartine ; cette relation reste formulée comme une hypothèse et ne permet pas d’identifier précisément le commanditaire. Le modèle du médaillon est réalisé en 1842, l’année de la mort du négociant.

Portrait du sculpteur Auguste Préault par Carolus-Duran
Auguste Préault, auteur du médaillon de la tombe Roblès, peint par Carolus-Duran en 1877. Photo : Le Passant / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Préault, né en 1809, est alors en conflit avec l’institution artistique. Sa sculpture tourmentée, ses reliefs puissants et son refus de l’idéal académique lui valent de nombreux rejets au Salon. Le Silence condense son langage dans une forme remarquablement simple. Le doigt posé sur les lèvres ne raconte pas la vie du défunt ; il adresse au visiteur une injonction universelle. Le visage semble à la fois humain et abstrait, présent et déjà retiré du monde.

Du tombeau au Salon de 1849

Lorsque Préault présente une version en bronze au Salon de 1849 sous le titre Masque funéraire, l’œuvre obtient la reconnaissance que les jurys lui avaient longtemps refusée. Le médaillon devient indépendant de la tombe pour entrer dans l’histoire de la sculpture. Des moulages et des éditions circulent dans les ateliers et les collections. Le Louvre conserve une épreuve en plâtre probablement donnée par l’artiste au peintre Paul Huet ; d’autres exemplaires sont conservés notamment à Baltimore et à Chicago.

Épreuve en plâtre du Silence d’Auguste Préault au Louvre
Épreuve en plâtre du Silence conservée au musée du Louvre. Wikimedia Commons, licence libre.

La réception de l’œuvre dépasse le cercle des sculpteurs. Son visage voilé et son symbolisme dépouillé retiennent l’attention d’artistes et d’écrivains, puis sont rapprochés de la sensibilité symboliste de la fin du XIXe siècle. Ce rayonnement explique que Jacob Roblès soit aujourd’hui cité dans les histoires de l’art funéraire : son nom demeure attaché à une sculpture qui a quitté son seul rôle commémoratif pour devenir une image autonome.

Version peinte en plâtre du Silence d’Auguste Préault
Version peinte en plâtre du Silence, vers 1842-1843, Baltimore Museum of Art. Wikimedia Commons, domaine public.

Mort et mémoire au Père-Lachaise

Jacob Roblès meurt à Paris le 10 mars 1842, quelques semaines avant son soixantième anniversaire. Son inhumation au Père-Lachaise donne naissance à un paradoxe mémoriel : les détails de son existence ont presque disparu, tandis que l’image placée sur sa tombe est devenue célèbre. Il convient de ne pas attribuer au négociant les intentions esthétiques de Préault sans preuve ; on peut seulement constater que ses héritiers confièrent sa mémoire à une œuvre d’une exceptionnelle force.

Entre les colombes de la stèle et le visage voilé, la tombe associe l’apaisement funéraire à une vision plus énigmatique de la mort. Elle rappelle aussi la fonction particulière d’un cimetière historique : conserver des noms, mais également des formes artistiques capables de traverser le temps. Dans le cas de Jacob Roblès, la sculpture ne complète pas une biographie abondante ; elle en est devenue le principal témoin public.

Œuvre funéraire et éléments remarquables

  • Le Silence, médaillon en haut relief d’Auguste Préault créé pour la tombe de Jacob Roblès en 1842.
  • Version en bronze présentée au Salon de 1849 sous le titre Masque funéraire.
  • Épreuves en plâtre et éditions en bronze conservées dans plusieurs collections publiques et privées.
  • Décor de la stèle : deux colombes buvant à une coupe, guirlande et cartouche funéraire.

Fonctions et repères

  • Négociant établi à Paris.
  • Né à Port-au-Prince le 15 avril 1782.
  • Inhumé en 1842 dans l’ancien enclos israélite du Père-Lachaise, division 07.
  • La tombe et son médaillon comptent parmi les œuvres funéraires remarquables du cimetière.