Qui est Anna de Noailles ?
Nom complet : Anna Élisabeth Bibesco Bassaraba de Brancovan, comtesse Mathieu de Noailles.
Naissance : 15 novembre 1876 (Paris, France).
Mort : 30 avril 1933 (Paris, France) à 56 ans.
Activité : poétesse, romancière et salonnière française.
Notoriété : l’une des grandes voix lyriques du début du XXe siècle, première femme commandeur de la Légion d’honneur.
Où se trouve la tombe d’Anna de Noailles ?
Anna de Noailles repose dans la division 28 du cimetière du Père-Lachaise, au sein de la chapelle funéraire de la famille Bibesco.

Le monument funéraire d’Anna de Noailles au Père-Lachaise
La poétesse est inhumée dans la chapelle Bibesco, vaste monument familial élevé en 1859 à la demande de son grand-père Georges-Démètre Bibesco après la mort de son épouse Marie Vacaresco. L’édifice, conçu par l’architecte Antoine-Martin Garnaud, adopte un plan circulaire inspiré des églises byzantines. Son décor extérieur reprend des motifs de l’église épiscopale de Curtea de Argeș, en Roumanie, rappelant les origines princières de la famille.
À l’intérieur, un décor peint à fresque par Jean-Baptiste-Auguste Leloir accompagne un devant d’autel en marbre blanc attribué au sculpteur Eugène-André Oudiné. Cette architecture singulière, inscrite au titre des monuments historiques, abrite notamment Georges-Démètre Bibesco, Marie Vacaresco et Anna de Noailles. Le cœur de la poétesse, quant à lui, fut déposé à Amphion-les-Bains, lieu fondateur de son imaginaire. La chapelle du Père-Lachaise demeure ainsi à la fois une sépulture familiale et un témoignage des liens entre Paris et l’histoire roumaine des Bibesco.
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Biographie d’Anna de Noailles
Anna Élisabeth Bibesco Bassaraba de Brancovan naît à Paris le 15 novembre 1876 dans une famille où se rencontrent les mondes roumain, grec, ottoman et français. Son père, le prince Grégoire Bibesco-Bassaraba de Brancovan, appartient à une grande lignée roumaine ; sa mère, Ralouka Musurus, est issue d’une famille grecque de Constantinople. La jeune Anna grandit avec son frère Constantin et sa sœur Hélène dans un milieu cultivé, cosmopolite et privilégié, entre les résidences parisiennes de la famille et la villa Bassaraba d’Amphion, sur les bords du Léman.
Une enfance entre Paris et le Léman
Amphion occupe une place capitale dans sa formation sensible. Les jardins, la lumière du lac, les montagnes et le rythme des saisons lui fournissent très tôt un langage poétique. Sans suivre le parcours scolaire classique des jeunes filles de son temps, elle reçoit une éducation privée nourrie de littérature, de musique et d’histoire. Elle lit les romantiques français, en particulier Hugo, Lamartine et Musset, mais aussi les classiques et les poètes parnassiens. Cette culture se mêle aux récits familiaux venus des Balkans et du monde méditerranéen.
La mort de son père en 1886 marque son enfance. Le sentiment de la fuite du temps, l’attachement aux êtres disparus et le désir de retenir l’intensité de la vie deviendront des thèmes constants de son œuvre. Chez elle, la nature n’est jamais un simple décor : elle est une force vivante, sensuelle et parfois menaçante, dans laquelle le corps, la mémoire et le monde semblent communiquer.
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Le mariage et l’entrée dans la vie littéraire
En 1897, Anna de Brancovan épouse Mathieu de Noailles, fils du septième duc de Noailles. Cette union l’introduit davantage encore dans la haute société parisienne, sans effacer son identité personnelle ni ses attaches familiales. Leur fils, Anne-Jules, naît en 1900. À Paris, la comtesse reçoit écrivains, artistes, diplomates et hommes politiques. Son salon devient un lieu de sociabilité littéraire important, mais elle ne se contente pas du rôle mondain traditionnellement assigné aux femmes de son milieu : elle travaille avec une discipline continue et entend être reconnue comme écrivain.
Ses premiers poèmes paraissent dans la presse à la fin des années 1890. En 1901, Le Cœur innombrable impose immédiatement une voix singulière. Le recueil célèbre le désir, la nature, la jeunesse, la ferveur et l’angoisse de la disparition dans une langue ample, musicale et directement lyrique. Le succès public est considérable. L’Académie française lui décerne le prix Archon-Despérouses, tandis que la critique, parfois admirative, parfois prisonnière de préjugés misogynes, discute avec passion cette nouvelle présence féminine dans les lettres.

Une œuvre portée par l’élan lyrique
L’Ombre des jours, publié en 1902, confirme sa célébrité. La poétesse y approfondit la tension entre l’ardeur d’exister et la certitude de la mort. Son écriture, riche en images végétales, en sensations physiques et en mouvements d’exaltation, refuse la froideur impersonnelle. Elle affirme un sujet qui éprouve le monde avec intensité et transforme l’expérience intime en matière universelle.
Anna de Noailles explore aussi le roman. La Nouvelle Espérance paraît en 1903, suivi du Visage émerveillé en 1904 et de La Domination en 1905. Ces livres examinent le désir, l’ambition, la solitude et les contraintes sociales pesant sur les femmes. Ils témoignent de sa volonté de ne pas rester enfermée dans une seule forme, même si la poésie demeure le centre de son œuvre.
En 1907, Les Éblouissements porte à son sommet cette poésie de la profusion. Le recueil associe célébration de la beauté terrestre et conscience douloureuse de sa fragilité. Anna de Noailles écrit depuis une sensibilité pleinement assumée : le monde est saisi par le regard, le parfum, le toucher et le souvenir. Cette manière, héritière du romantisme mais profondément personnelle, lui vaut un immense lectorat.

Au cœur des réseaux artistiques
Sa place dans la vie littéraire ne se réduit pas à son salon. Elle entretient des échanges suivis avec Maurice Barrès, Edmond Rostand, Colette, Jean Cocteau et de nombreux écrivains de son époque. Marcel Proust lui voue une admiration particulièrement fervente. Leurs lettres révèlent une relation intellectuelle nourrie, faite d’éloges, de discussions esthétiques et d’influence réciproque. En 1907, Proust consacre dans Le Figaro un article enthousiaste à son œuvre.
Les artistes cherchent également à fixer son visage et sa présence. Antonio de La Gandara, Ignacio Zuloaga, Jacques-Émile Blanche, Jean-Louis Forain, Kees van Dongen et Philip de László la représentent. Auguste Rodin modèle le célèbre buste connu sous le titre Madame X. Ces portraits contribuent à construire une image publique immédiatement reconnaissable : profil accusé, regard sombre, chevelure abondante, silhouette souvent allongée sur un divan en raison d’une santé fragile.

Une femme de lettres engagée dans son époque
Anna de Noailles participe en 1904 à la fondation du prix Vie heureuse, futur prix Femina, créé par des femmes de lettres en réaction au caractère exclusivement masculin du jury Goncourt. Son engagement ne prend pas la forme d’un programme politique systématique, mais sa carrière contribue à ouvrir l’espace littéraire aux femmes. Elle revendique pour elles le droit à l’ambition, au jugement critique et à la reconnaissance institutionnelle.
La Première Guerre mondiale infléchit son écriture. Très attachée à la France, elle compose des textes patriotiques et médite sur la violence, le deuil et la perte d’une génération. Les Vivants et les Morts, publié en 1913, annonçait déjà cette attention à la coexistence de la vie et de la disparition ; Les Forces éternelles, en 1920, cherche ensuite dans la nature, l’art et la mémoire des puissances capables de résister à l’anéantissement.
La même année, elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur. L’Académie française lui attribue en 1921 son Grand Prix de littérature pour l’ensemble de son œuvre. Elle est également élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, où elle compte parmi les premières femmes accueillies par une grande institution littéraire. Sa notoriété dépasse alors largement les frontières françaises.

La maladie, la mémoire et les derniers livres
À partir des années 1920, sa santé se détériore et limite davantage sa vie publique. Elle continue pourtant d’écrire depuis sa chambre, entourée de livres, de fleurs et de visiteurs. Poème de l’amour en 1924, L’Honneur de souffrir en 1927 puis Exactitudes en 1930 donnent une expression plus dépouillée à l’expérience de la douleur, à la conscience du corps vulnérable et au travail de la mémoire.
En 1931, elle devient la première femme élevée au rang de commandeur de la Légion d’honneur. La cérémonie, largement commentée, consacre une carrière qui a obligé les institutions à reconnaître l’autorité d’une femme poète. Une photographie la montre cette année-là posant pour Kees van Dongen avec les insignes de sa décoration : l’écrivaine, devenue malade, conserve toute la maîtrise de son image publique.

Son livre de souvenirs, Le Livre de ma vie, paraît en 1932. Elle y reconstruit moins une autobiographie exhaustive qu’un paysage intérieur : l’enfance, Amphion, les parents, les maisons et les sensations fondatrices. Cette prose éclaire la continuité de son œuvre, toujours tendue vers la conservation d’un monde menacé par le temps.
Anna de Noailles meurt le 30 avril 1933 dans son hôtel particulier du 40, rue Scheffer, à Paris. Ses obsèques sont célébrées à l’église Sainte-Clotilde en présence de représentants du monde littéraire et politique. Elle est inhumée dans la chapelle Bibesco du Père-Lachaise. Selon sa volonté familiale, son cœur est transporté à Amphion, au bord du Léman. Son œuvre, longtemps réduite à l’image d’une muse mondaine, est aujourd’hui relue pour la puissance de sa langue, sa conception charnelle de la nature et la liberté avec laquelle elle fit entendre une voix féminine dans la poésie française.
Œuvres principales
- Le Cœur innombrable (1901), poésie.
- L’Ombre des jours (1902), poésie.
- La Nouvelle Espérance (1903), roman.
- Le Visage émerveillé (1904), roman.
- La Domination (1905), roman.
- Les Éblouissements (1907), poésie.
- Les Vivants et les Morts (1913), poésie.
- Les Forces éternelles (1920), poésie.
- Poème de l’amour (1924), poésie.
- L’Honneur de souffrir (1927), poésie.
- Exactitudes (1930), poésie.
- Le Livre de ma vie (1932), souvenirs.
Distinctions et fonctions
- Prix Archon-Despérouses de l’Académie française pour Le Cœur innombrable (1902).
- Membre du jury du prix Vie heureuse, devenu le prix Femina.
- Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre (1921).
- Membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
- Membre honoraire de l’Académie roumaine.
- Première femme élevée au grade de commandeur de la Légion d’honneur (1931).