Catégories
Tombe

MONROCQ Jean Noël

Qui est Jean Noël Monrocq ?

Nom complet : Jean Noël Monrocq.
Naissance : 25 décembre 1819 (Trelly, France).
Mort : 18 février 1913 (Paris, France) à 93 ans.
Activité : imprimeur, lithographe, éditeur d’estampes et de cartes.
Notoriété : fondateur d’une importante imprimerie spécialisée dans la zincographie, la chromolithographie, la cartographie scolaire, l’affiche et l’estampe d’art.

Où se trouve la tombe de Jean Noël Monrocq ?

La tombe de Jean Noël Monrocq se trouve dans la division 34 du cimetière du Père-Lachaise, dans l’allée séparant les divisions 34 et 76.

Plan du cimetière du Père-Lachaise indiquant la division 34
Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise.

Le monument funéraire de Jean Noël Monrocq au Père-Lachaise

La sépulture familiale réunit Jean Noël Monrocq, son épouse Ernestine Élisa Deharambure et leur fils Émile Monrocq. Le monument porte leurs noms et leurs dates. Une inscription particulièrement personnelle domine la composition : « Petit oiseau, viens chanter sur ma tombe quand l’arbre sera vert… ». Cette phrase poétique contraste avec la sobriété de la stèle et rattache le souvenir du défunt au cycle de la nature.

L’inscription consacrée à l’imprimeur le présente comme « Jean Noël Monrocq, éditeur imprimeur ». La date de naissance gravée sur le monument, le 28 décembre 1819, diffère de celle portée par son acte de naissance, le 25 décembre. La tombe rappelle aussi Ernestine Élisa Monrocq, née Deharambure, morte en 1908, ainsi qu’Émile Monrocq, né en 1852 et mort en 1920.

Tombe de Jean Noël Monrocq au cimetière du Père-Lachaise
Tombe familiale de Jean Noël Monrocq, division 34 du Père-Lachaise. Wikimedia Commons, licence libre.

Biographie de Jean Noël Monrocq

Jean Noël Monrocq naît le 25 décembre 1819 à Trelly, dans la Manche. Il grandit dans un milieu rural : son père, Louis-François Monrocq, est cultivateur, et sa mère se nomme Marie-Louise Le Chevalier. L’instruction qu’il reçoit est modeste, mais elle lui permet d’entrer dans le monde du livre. En 1839, à vingt ans, il quitte la Normandie pour Paris, où l’édition, l’estampe et l’image imprimée connaissent une expansion rapide.

Des débuts dans le commerce du livre et de l’estampe

Monrocq commence comme commis chez le libraire Delarue. Il découvre ainsi les circuits de vente, les attentes du public et la place croissante de l’illustration dans les ouvrages et les feuilles populaires. En 1848, il ouvre son propre commerce d’estampes. L’entreprise naît dans une période agitée, mais favorable à la multiplication des images politiques, pédagogiques et décoratives. Il ne se contente bientôt plus de vendre : il veut éditer et produire.

En 1853, il demande un brevet de libraire afin de commercialiser des ouvrages classiques et des albums accompagnés de textes. La demande est refusée, dans un système où les professions de l’imprimerie et de la librairie restent étroitement contrôlées. Il poursuit néanmoins son activité et obtient en 1859 l’autorisation de faire commerce d’estampes et de cartes. Le 11 janvier 1860, son brevet d’imprimeur-lithographe lui permet de franchir une étape décisive.

Lithographie Café-Restaurant imprimée par Monrocq vers 1870
Café-Restaurant, lithographie d’A. Gerber imprimée par Monrocq vers 1870. Wikimedia Commons, domaine public.

Installé au 3 rue Suger, près de Saint-Germain-des-Prés, il reprend les huit presses de l’imprimerie de Stanislas Petit. Son atelier produit des estampes artistiques et industrielles, des modèles de dessin, des plans et des cartes. En 1851, il épouse Ernestine Élisa Deharambure, avec laquelle il fonde une famille nombreuse. Ses enfants et, plus tard, ses gendres et petits-enfants participeront à la continuité de l’entreprise.

L’industrialisation de la lithographie

Monrocq appartient à une génération qui transforme la lithographie en industrie moderne. En 1865, il obtient une autorisation pour la taille-douce et équipe son établissement de presses à vapeur. Son atelier est le premier en France à employer pour la zincographie la presse mécanique « La Diligente » construite par Hippolyte Marinoni. Cette machine accélère considérablement les tirages et répond aux besoins d’un marché en pleine croissance.

La pierre lithographique, lourde, fragile et coûteuse, convient mal aux rotatives. Monrocq développe l’emploi du zinc comme support souple et économique. Il n’invente pas le principe de la zincographie, déjà expérimenté auparavant, mais contribue puissamment à son perfectionnement et à sa diffusion industrielle. Il en expose les procédés dans le Manuel pratique de lithographie sur zinc, publié dans les années 1870 puis repris et enrichi par son fils Léon.

Affiche du Moulin de la Galette imprimée en zincographie par Monrocq
Affiche du Moulin de la Galette, zincographie imprimée par Monrocq vers 1880-1890. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

En 1874, il ouvre une seconde imprimerie à Ivry-sur-Seine et y transfère une partie de son matériel. Ce nouvel établissement offre l’espace nécessaire à une production de grande ampleur. L’entreprise vend également les feuilles de zinc, les papiers autographiques et les préparations nécessaires au procédé. Elle devient donc à la fois atelier, éditeur et fournisseur pour d’autres professionnels.

Cartes, affiches et images pour l’école

La cartographie constitue la spécialité la plus importante de la maison Monrocq. Ses presses produisent des cartes géographiques, historiques, géologiques, militaires, routières, commerciales et ferroviaires. Elles accompagnent la modernisation du territoire, les nouveaux chemins de fer et l’évolution des frontières après la guerre de 1870. L’entreprise imprime aussi des plans urbains et des itinéraires de voyage, dont une collection destinée aux touristes.

Plan de Paris et projet de chemin de fer métropolitain imprimé par Monrocq en 1882
Plan de Paris avec le projet de chemin de fer métropolitain, imprimé par Monrocq en 1882. BnF, Gallica / Wikimedia Commons, domaine public.

La maison travaille notamment pour Hachette et, plus tard, pour Taride. Ses cartes ne se limitent pas à la France ou à l’Europe : l’Afrique, l’Extrême-Orient et l’Amérique latine sont largement représentés, dans le contexte de l’expansion coloniale et commerciale du XIXe siècle. La couleur améliore la lecture des données et fait de la chromolithographie un outil pédagogique autant qu’un procédé spectaculaire.

Monrocq comprend aussi le développement de l’enseignement public et du dessin scolaire. Il publie des albums, des cahiers de modèles et plusieurs périodiques, dont L’École de dessin et Le Petit Artiste. Les élèves y trouvent des figures à copier, tandis que les apprentis et artisans utilisent des cours de charpente, de menuiserie, de maçonnerie, de dessin géométrique ou de machines. Les tableaux muraux destinés aux salles de classe deviennent un autre débouché important.

Affiche en couleurs imprimée par l’établissement Monrocq en 1876
Affiche pour l’Almanach illustré de la jeune mère, imprimée par Monrocq en 1876. Paris Musées / Wikimedia Commons, domaine public.

Une imprimerie au service des artistes

La puissance industrielle de l’atelier ne l’éloigne pas de l’estampe d’art. Monrocq imprime des œuvres de Fantin-Latour, Odilon Redon et Félix Vallotton, ainsi que des portraits, des paysages, des enseignes, des décors muraux et des modèles d’éventails. Dans le domaine de l’affiche, la maison collabore avec des dessinateurs comme Georges Redon. Elle produit aussi des images marquantes de la modernité parisienne, à l’image de l’embrasement de la tour Eiffel représenté par Georges Garen lors de l’Exposition universelle de 1889.

Embrasement de la tour Eiffel imprimé par Monrocq en 1889
Embrasement de la tour Eiffel, zincographie de Georges Garen imprimée par Monrocq en 1889. Musée Carnavalet / Wikimedia Commons, domaine public.

Cette diversité révèle la place centrale de l’imprimeur dans la culture visuelle du XIXe siècle. Les œuvres portent le nom des artistes qui les ont dessinées, mais leur diffusion dépend de la maîtrise technique de l’atelier. Le choix des encres, la préparation des plaques, la superposition des couleurs et la régularité du tirage exigent une organisation précise. Monrocq fait le lien entre invention graphique, production mécanique et circulation de masse.

La transmission d’une entreprise familiale

Son fils Léon travaille longtemps à ses côtés et participe au perfectionnement des procédés. Après la disparition de celui-ci au début du XXe siècle, l’entreprise passe au gendre de Jean Noël et prend le nom de Gaillac-Monrocq. La partie éditoriale revient à son petit-fils Lucien. Cette transmission permet à la maison de poursuivre son activité bien après la mort du fondateur.

Veuf depuis 1908, Jean Noël Monrocq meurt le 18 février 1913, à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Il laisse derrière lui une entreprise qui a accompagné plus d’un demi-siècle de transformations de l’image imprimée. Ses cartes scolaires, affiches, estampes et manuels ont touché des publics très différents, de l’écolier à l’artiste, du voyageur à l’ingénieur. Un buste de l’imprimeur réalisé par Ernest Hulin est conservé au musée Quesnel-Morinière de Coutances.

Œuvres et réalisations principales

  • Fondation de l’imprimerie lithographique Monrocq à Paris, puis d’une succursale industrielle à Ivry-sur-Seine.
  • Développement et diffusion de la lithographie sur zinc et emploi précoce de presses mécaniques Marinoni.
  • Manuel pratique de lithographie sur zinc, publié dans les années 1870.
  • Production de cartes géographiques, historiques, géologiques, militaires, ferroviaires et scolaires.
  • Publication de périodiques et modèles pédagogiques, notamment L’École de dessin et Le Petit Artiste.
  • Impression d’affiches et d’estampes de Fantin-Latour, Odilon Redon, Félix Vallotton, Georges Redon et Georges Garen.

Fonctions et repères professionnels

  • Marchand et éditeur d’estampes à Paris à partir de 1848.
  • Brevet d’imprimeur-lithographe obtenu le 11 janvier 1860.
  • Autorisation pour la taille-douce accordée en 1865.
  • Libraire déclaré en 1877.
  • Fondateur d’une maison d’impression familiale poursuivie sous le nom de Gaillac-Monrocq.