Qui est Gustave Lambert ?
Nom complet : Marie Joseph Gustave Adolphe Lambert.
Naissance : 1er juillet 1824 (Grièges, France).
Mort : 27 janvier 1871 (Paris, France) à 46 ans.
Activités principales : hydrographe, navigateur et explorateur français.
Notoriété : promoteur d’une expédition française vers le pôle Nord par le détroit de Béring.
Où se trouve la tombe de Gustave Lambert ?
La tombe de Gustave Lambert se trouve dans la division 62 du cimetière du Père-Lachaise, chemin Luzarraga. La concession actuelle fut offerte par la Ville de Paris.

Le monument funéraire de Gustave Lambert au Père-Lachaise
Le monument actuel est surmonté d’une colonne brisée, symbole traditionnel d’une vie interrompue. Sur sa face est gravé un résumé précis du parcours de Lambert : ancien élève de l’École polytechnique, chef de l’expédition française projetée au pôle Nord, engagé au 119e régiment, blessé à Buzenval et mort le 27 janvier 1871.
Lambert fut d’abord enterré dans une autre concession, où sa tombe portait une colonne et un buste en bronze. Son corps fut ensuite transféré dans l’emplacement accordé par la Ville de Paris. La colonne brisée remplaça le buste disparu.


Biographie de Gustave Lambert
Marie Joseph Gustave Adolphe Lambert naît le 1er juillet 1824 à Grièges, dans l’Ain. Il est le fils de Jean-François Lambert, notaire, et de Rosalie Blanc. Sa famille s’installe bientôt à Priay, puis son père tente diverses activités industrielles avant de se retirer à Lyon. L’enfance de Gustave se déroule ainsi entre plusieurs villes, dans un milieu qui lui permet de recevoir une solide instruction scientifique.
De l’École polytechnique à l’enseignement maritime
Après des études au collège de Bourg, Lambert est admis à l’École polytechnique en 1843. Son tempérament indépendant s’accommode mal de la discipline militaire de l’établissement : il en est exclu en avril 1845. Cet échec ne met pas fin à sa carrière scientifique. Il utilise ses connaissances mathématiques pour enseigner, notamment à Fécamp, où il prépare de futurs capitaines au brevet de navigation.
La révolution de 1848 révèle également ses convictions républicaines. À Fécamp, il participe aux débats politiques et soutient des candidats opposés au camp conservateur. Il quitte ensuite la Normandie pour Brest et poursuit une activité d’hydrographe. L’enseignement des mathématiques nautiques, le calcul des routes et l’observation des mers donnent à son intérêt pour la navigation une base concrète.

Des voyages lointains et l’appel de l’Arctique
Lambert voyage hors d’Europe et acquiert une expérience des longues navigations. Les sources le montrent en contact avec les milieux maritimes et géographiques au moment où les grandes puissances multiplient les expéditions scientifiques. L’Arctique reste alors l’un des principaux espaces inconnus des cartes. La recherche du passage du Nord-Ouest, les disparitions d’expéditions et l’hypothèse d’une mer libre autour du pôle alimentent les débats.
Lambert se convainc que le pôle Nord peut être atteint par le Pacifique. Selon son raisonnement, le soleil permanent de l’été polaire doit désagréger une partie de la banquise et permettre à un navire solide de franchir la ceinture des glaces. Cette théorie de la « mer polaire libre », partagée par plusieurs géographes du XIXe siècle, se révélera erronée, mais elle repose alors sur des observations encore incomplètes.

L’exploration du détroit de Béring
En 1865, Lambert se rend dans le nord du Pacifique et explore les abords septentrionaux du détroit de Béring. Il observe les conditions de navigation, les courants et les champs de glace. La banquise lui interdit de progresser comme il l’espérait, mais le voyage renforce sa conviction qu’une expédition mieux équipée pourrait profiter d’une saison favorable pour gagner les hautes latitudes.
De retour en France, il expose son projet devant les sociétés savantes et lors de conférences publiques. Sa route doit partir du Pacifique, franchir le détroit qui sépare l’Alaska de la Sibérie, puis remonter vers le nord. Lambert veut associer la performance géographique à un programme scientifique : observations hydrographiques, météorologiques, magnétiques et naturalistes doivent accompagner la progression.
Le projet du Boréal
Le projet prend le nom de Boréal, celui du navire destiné à l’expédition. Lambert imagine un équipage réduit d’environ quinze marins et savants, capable d’hiverner si nécessaire. Il publie plusieurs textes pour défendre son itinéraire, notamment Projet de voyage au Pôle Nord en 1866, La Question du Pôle Nord en 1867 et un rapport détaillé sur l’expédition en 1868.
Un vaste comité de patronage réunit des personnalités scientifiques telles qu’Antoine d’Abbadie, Edmond Becquerel, Hervé Faye, Élie de Beaumont, Sainte-Claire Deville ou Armand de Quatrefages. Napoléon III apporte son soutien, mais la souscription avance lentement. Lambert parcourt la France, donne des conférences et sollicite ports, municipalités, sociétés savantes et particuliers.

Une campagne populaire autour du pôle Nord
La collecte de fonds devient un événement médiatique. Le 27 juin 1869, les aéronautes Gaston Tissandier et Wilfrid de Fonvielle organisent au Champ-de-Mars l’ascension d’un ballon baptisé Le Pôle Nord. Les recettes doivent contribuer à l’entreprise de Lambert. Affiches, articles, brochures et réunions donnent au projet une audience qui dépasse les cercles de géographes.
Octave Pavy, jeune étudiant en médecine passionné d’exploration, devient l’un de ses collaborateurs les plus actifs. Une partie importante du financement est finalement réunie et le navire acheté. Pourtant, les dépenses d’équipement restent élevées. Au moment où Lambert semble proche du départ, la guerre franco-prussienne de 1870 bouleverse toutes les priorités nationales.

La guerre interrompt l’expédition
Lorsque la guerre éclate en juillet 1870, Lambert se trouve à Bordeaux. Âgé de 46 ans, il s’engage néanmoins dans une compagnie de francs-tireurs. Il gagne ensuite Paris avant la fermeture complète du siège. Nommé un temps dans la Garde nationale, il refuse une fonction qui l’éloignerait du combat et rejoint finalement le 119e régiment d’infanterie comme simple sous-officier.
Le contraste est saisissant entre l’expédition scientifique préparée pendant des années et la bataille improvisée aux portes de Paris. Lambert abandonne momentanément le Boréal, persuadé que la défense nationale passe avant son projet. Les fonds, le navire et les préparatifs ne suffisent plus : l’entreprise polaire est suspendue sans qu’il sache qu’elle ne reprendra jamais sous sa direction.
Buzenval et la mort de l’explorateur
Le 19 janvier 1871, l’armée française tente une sortie vers l’ouest de Paris lors de la seconde bataille de Buzenval. Lambert combat dans le parc de Buzenval contre les positions prussiennes. Il est grièvement blessé. Transporté à Paris, il est soigné par le chirurgien Auguste Nélaton, qui espère d’abord le sauver. Son état se dégrade cependant et il meurt le 27 janvier, huit jours après la bataille.
Ses obsèques ont lieu le 30 janvier, au moment même où Paris sort du siège. Son corps est conduit au Père-Lachaise. La Ville de Paris lui accordera une concession gratuite, reconnaissant à la fois l’explorateur et le combattant. Le projet polaire est repris en partie par Octave Pavy, qui partira en Amérique et mourra lui-même dans l’Arctique canadien durant l’expédition Greely.
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Une ambition française restée inachevée
Lambert n’atteignit pas le pôle Nord, mais son projet témoigne d’une période où l’exploration associait science, navigation, patriotisme et mobilisation populaire. Il avait choisi la voie du détroit de Béring, différente des routes privilégiées par de nombreuses expéditions britanniques et américaines. Ses conférences et publications contribuèrent à diffuser en France les questions arctiques.
Le rêve d’une mer libre entourant le pôle fut progressivement abandonné à mesure que la connaissance de la banquise progressait. L’échec scientifique de cette hypothèse ne retire rien à la méthode de Lambert : recherche de soutiens savants, préparation d’un programme d’observations et volonté de disposer d’un navire adapté. Sa colonne brisée au Père-Lachaise traduit justement cette œuvre interrompue avant l’épreuve décisive.
Publications et projets principaux
- Projet de voyage au Pôle Nord, note lue à la Société de géographie (1866).
- La Question du Pôle Nord (1867).
- L’Expédition au Pôle Nord, rapport présenté en 1867 et publié en 1868.
- Exploration des abords septentrionaux du détroit de Béring en 1865.
- Projet d’expédition du Boréal vers le pôle Nord par la route du détroit de Béring.
Fonctions et engagements
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- Professeur de mathématiques nautiques et hydrographe.
- Navigateur et conférencier de la Société de géographie.
- Chef du projet français d’expédition au pôle Nord.
- Collaborateur d’un comité scientifique réunissant plusieurs membres de l’Institut.
- Engagé au 119e régiment d’infanterie pendant le siège de Paris.