Qui est Patrick Kelly ?
Nom complet : Patrick Kelly.
Naissance : 24 septembre 1954 (Vicksburg, Mississippi, États-Unis).
Mort : 1er janvier 1990 (Paris, France) à 35 ans.
Activité : styliste et créateur de mode américain.
Notoriété : premier Américain et premier créateur noir admis à la Chambre syndicale du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode.
Où se trouve la tombe de Patrick Kelly ?
La tombe de Patrick Kelly se trouve dans la division 50 du cimetière du Père-Lachaise, avenue Saint-Morys, huitième ligne.

Le monument funéraire de Patrick Kelly au Père-Lachaise
La sépulture de Patrick Kelly est sobre. La pierre porte son nom, ses dates — 24 septembre 1954 et 1er janvier 1990 — ainsi que la formule anglaise « Nothing is impossible », « Rien n’est impossible ». Cette épitaphe résume le parcours d’un jeune Afro-Américain du Mississippi devenu, en moins d’une décennie parisienne, l’un des créateurs les plus remarqués de la mode internationale.


Biographie de Patrick Kelly
Patrick Kelly naît le 24 septembre 1954 à Vicksburg, dans le Mississippi ségrégationniste. Il grandit auprès de sa mère et de sa grand-mère Ethel Rainey, deux femmes qui jouent un rôle déterminant dans sa formation. Sa grand-mère lui donne d’anciens numéros de Vogue et de Harper’s Bazaar. Le garçon s’étonne de ne pas y voir de mannequins noirs. Il observe aussi les tenues très composées portées le dimanche à l’église baptiste et les boutons dépareillés avec lesquels sa grand-mère répare les vêtements de la famille.
Une vocation née dans le Mississippi
Kelly apprend à coudre dès l’adolescence et réalise des vêtements pour des jeunes femmes de son entourage. Vers douze ans, il assiste à l’Ebony Fashion Fair, manifestation itinérante qui présente des créations européennes sur des mannequins afro-américains. Le spectacle lui révèle qu’une carrière dans la mode est possible, même si le milieu demeure largement fermé aux créateurs noirs.
Après le lycée, il obtient une bourse pour étudier l’histoire de l’art et l’histoire afro-américaine à Jackson State University. Il ne termine pas ce cursus, mais cette formation reste visible dans son œuvre future : références aux grands couturiers, connaissance de l’iconographie occidentale et interrogation constante sur les représentations raciales.
Atlanta, premières expériences de mode
En 1974, Patrick Kelly s’installe à Atlanta. Il exerce plusieurs métiers, travaille dans une friperie et ouvre sa propre boutique de vêtements anciens. Il propose bénévolement ses services pour décorer les vitrines d’une boutique Yves Saint Laurent Rive Gauche. L’expérience lui permet d’étudier de près le prêt-à-porter de luxe et la manière dont une maison construit son identité visuelle.
Il organise aussi des défilés, dessine et réalise des vêtements avec les moyens disponibles. Son imagination compense l’absence de capital. Il détourne des pièces anciennes, mélange les références et commence à élaborer un style accessible, moulant et coloré. Atlanta lui offre une première communauté créative, mais ses possibilités d’évolution restent limitées.
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New York et le choix de Paris
Encouragé par le mannequin Pat Cleveland, il part pour New York à la fin des années 1970. Il suit des cours à la Parsons School of Design et cherche à entrer dans une maison de mode. Malgré son énergie et ses contacts, il ne trouve pas de poste stable. Le racisme du secteur et l’absence de ressources rendent son installation difficile.
En 1979, un billet d’avion lui permet de rejoindre Paris. La capitale française représente pour lui la ville des couturiers qu’il admire, mais aussi un espace où plusieurs artistes afro-américains, de Joséphine Baker à James Baldwin, ont trouvé une liberté plus grande qu’aux États-Unis. Kelly arrive avec peu d’argent et sans structure professionnelle. Il vend d’abord ses robes dans la rue et réalise lui-même les pièces dans son logement.
Les années d’apprentissage parisiennes
Il confectionne des costumes pour le personnel et les artistes du Palace, haut lieu de la nuit parisienne. Cette scène, où se mêlent mode, musique, performance et culture queer, nourrit son goût du spectacle. Ses vêtements circulent progressivement parmi les mannequins, les stylistes et les habitués des clubs.
La boutique Victoire remarque ses robes près du corps et commence à les vendre. Kelly collabore également avec Benetton. En 1985, avec son compagnon et partenaire professionnel Bjorn Guil Amelan, il fonde la société Patrick Kelly Paris et présente sa première collection commerciale. Le magazine Elle met en avant ses modèles, accélérant une ascension jusque-là construite en marge des circuits établis.
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Les boutons, les couleurs et l’humour
La signature la plus immédiatement reconnaissable de Patrick Kelly est la robe en jersey moulant couverte de boutons multicolores. Le motif vient directement des réparations faites par sa grand-mère. Ce qui était autrefois le signe visible d’un manque de moyens devient un ornement volontaire, joyeux et sophistiqué. Kelly transforme ainsi un souvenir familial en langage de mode.
Ses collections associent couleurs franches, formes simples, cœurs, nœuds, dés, imprimés animaliers et références à la culture populaire. Il détourne les codes de Chanel, Schiaparelli, Madame Grès ou Yves Saint Laurent avec respect et ironie. Les défilés deviennent des performances : les mannequins dansent, le créateur peint un grand cœur sur le décor et la présentation se termine en célébration collective.
Kelly veut habiller des femmes de tous âges et de toutes morphologies. Bette Davis, Grace Jones, Jessye Norman, Isabella Rossellini et Vanessa Williams figurent parmi celles qui portent ses créations. Il conçoit aussi des bijoux avec David Spada. Leur ensemble inspiré de Joséphine Baker, comprenant une jupe de bananes, devient l’une de ses pièces les plus célèbres.
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Réapproprier les images racistes
Une partie de son œuvre suscite le débat. Kelly collectionne des objets publicitaires, poupées et bibelots représentant les Afro-Américains sous la forme de caricatures racistes. Il reprend certains de ces motifs, notamment celui du « golliwog », dans son logo, ses accessoires et ses invitations. Son intention est de confronter ces images, de les retourner et d’en exposer la violence par l’exagération et l’humour.
Cette stratégie demeure controversée. Pour Kelly, on ne peut avancer sans connaître l’histoire de ces représentations. Son travail associe donc la joie à une réflexion plus sombre sur le regard porté sur les corps noirs. Loin d’être un simple décor, son origine sudiste et afro-américaine structure sa manière de concevoir la mode.
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Une reconnaissance historique
En 1987, Patrick Kelly signe un accord avec l’entreprise américaine Warnaco, ce qui donne à sa marque des moyens de production et une diffusion internationale. L’année suivante, il est admis à la Chambre syndicale du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode. Il devient à la fois le premier Américain et le premier créateur noir élu dans cette organisation professionnelle française.
Cette admission lui ouvre le calendrier officiel des présentations parisiennes et consacre une réussite exceptionnelle : quelques années seulement séparent les robes vendues dans la rue de ses défilés au Louvre. Kelly ne modifie pourtant pas son personnage. Il apparaît souvent en salopette de jean, baskets colorées et casquette de cycliste, parfois avec une veste de smoking Yves Saint Laurent.
Le dernier défilé
Sa collection automne-hiver 1989-1990 célèbre ses « deux amours », la France et l’Amérique, en écho à Joséphine Baker. Les silhouettes associent tours Eiffel en strass, références au bicentenaire de la Révolution française, denim à franges et évocations de l’Ouest américain. Ce défilé de mars 1989 sera le dernier.
À l’automne, son état de santé l’empêche de préparer la collection suivante. Patrick Kelly meurt à Paris le 1er janvier 1990 des suites du sida, à seulement 35 ans. Sa disparition interrompt une maison en pleine expansion. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, où l’épitaphe « Nothing is impossible » rappelle la vitesse et l’ampleur de son ascension.

Des créations conservées par les musées
Les vêtements de Patrick Kelly sont aujourd’hui conservés notamment au Philadelphia Museum of Art, au Metropolitan Museum of Art, au Smithsonian National Museum of African American History and Culture et au Schomburg Center for Research in Black Culture. Le Brooklyn Museum lui consacre une rétrospective en 2004. En 2014, l’exposition Patrick Kelly: Runway of Love présente plus de soixante-quinze ensembles et replace ses créations dans l’histoire culturelle afro-américaine, la mode parisienne et les scènes queer des années 1980.
Créations emblématiques
- Robes moulantes en jersey ornées de boutons multicolores.
- Robes et accessoires en forme de cœur.
- Ensembles inspirés de Joséphine Baker, dont la célèbre jupe de bananes.
- Robes détournant les codes de Chanel, Schiaparelli et Madame Grès.
- Collection automne-hiver 1989-1990 consacrée à la France et à l’Amérique.
- Bijoux conçus en collaboration avec David Spada.
Distinctions et fonctions
- Fondateur de la maison Patrick Kelly Paris avec Bjorn Guil Amelan, 1985.
- Premier Américain et premier créateur noir admis à la Chambre syndicale du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode, 1988.
- Rétrospective au Brooklyn Museum, 2004.
- Exposition Patrick Kelly: Runway of Love au Philadelphia Museum of Art, 2014.