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DORIAN Pierre-Frédéric

Qui est Pierre-Frédéric Dorian ?

Date de naissance : 24 janvier 1814 (Montbéliard, Doubs, France).
Date du décès : 14 avril 1873 (Paris, France), à 59 ans.
Activité principale : maître de forges, manufacturier et homme politique.
Fonctions marquantes : député de la Loire (1863-1873), ministre des Travaux publics du Gouvernement de la Défense nationale (1870-1871).

Où se trouve la tombe de Pierre-Frédéric Dorian ?

La sépulture de Pierre-Frédéric Dorian se trouve dans la division 70 du cimetière du Père-Lachaise. Elle réunit plusieurs membres de sa famille, dont son fils Charles Dorian et sa fille Aline Ménard-Dorian.

Plan des divisions du Père-Lachaise

Le monument funéraire de Pierre-Frédéric Dorian au Père-Lachaise

Le monument familial est reconnaissable à son architecture de pierre, organisée autour d’un soubassement semi-circulaire et de pilastres qui encadrent l’élévation. Son élément le plus remarquable est une statue en bronze grandeur nature de Pierre-Frédéric Dorian, réalisée par le sculpteur Aimé Millet. Élevé après la mort de l’industriel et homme d’État, l’ensemble donne à la tombe une présence particulièrement forte dans la division 70.

La statue fixe l’image publique d’un républicain de la génération de 1870, associé à la fois au travail industriel, à la vie parlementaire et à la défense nationale. Le caveau conserve la mémoire d’une famille dont plusieurs membres ont joué un rôle dans la vie politique et culturelle de leur temps.

Tombe de Pierre-Frédéric Dorian au Père-Lachaise
Tombe de Pierre-Frédéric Dorian, division 70. Photo : William Jexpire, CC0, via Wikimedia Commons.
Statue d'Aimé Millet sur la tombe de Pierre-Frédéric Dorian
Statue en bronze d’Aimé Millet sur la tombe de Pierre-Frédéric Dorian. Photo : Romainbehar, CC0, via Wikimedia Commons.

Biographie de Pierre-Frédéric Dorian

Pierre-Frédéric Dorian appartient à cette génération d’industriels du XIXe siècle pour lesquels l’entreprise, la réforme sociale et la politique ne formaient pas des mondes séparés. Maître de forges dans la région stéphanoise, député républicain sous le Second Empire puis ministre au lendemain du 4 septembre 1870, il a incarné une voie où la compétence technique devait servir l’intérêt public. Son itinéraire, de Montbéliard aux ateliers de la Loire puis aux responsabilités nationales, éclaire l’ascension d’un patron engagé dans les grandes transformations de son époque.

Des origines protestantes à l’apprentissage industriel

Né à Montbéliard le 24 janvier 1814, Pierre-Frédéric Dorian est le fils de Pierre-Frédéric Dorian, négociant originaire des Cévennes, et d’Anne-Clémence Friès, issue d’une famille mulhousienne. Ce milieu protestant, lié au commerce et à la petite industrie, lui donne très tôt le goût de l’activité économique et de l’indépendance intellectuelle. Il effectue ses études secondaires à Montbéliard puis au lycée de Nancy avant de rejoindre Saint-Étienne, l’un des grands foyers français de l’industrie métallurgique.

Il y suit, comme élève libre, l’enseignement de l’École des mineurs de Saint-Étienne entre 1831 et 1832. Il quitte l’établissement sans diplôme. Cet épisode ne ferme pourtant pas la voie industrielle : il lui a apporté une première connaissance du bassin houiller, des techniques et des hommes qui font la richesse de la région. Dans sa jeunesse, Dorian se rapproche aussi des milieux saint-simoniens puis fouriéristes. Il demeure lié à Victor Considerant, figure majeure du fouriérisme, et conserve de cette période l’idée qu’une industrie moderne doit s’accompagner d’une amélioration concrète des conditions de vie et d’instruction.

Portrait de jeunesse de Pierre-Frédéric Dorian, 1839
Pierre-Frédéric Dorian, portrait daté de 1839, école française. Source : Christie’s, via Wikimedia Commons.

Après plusieurs expériences dans des établissements métallurgiques de Franche-Comté et de la région stéphanoise, il s’établit dans la fabrication des faux et des faucilles. En 1843, avec Paul Dumaine, il fonde dans la vallée de Rochetaillée une fabrique utilisant l’acier fondu. L’affaire se développe ; Dorian en devient seul propriétaire en 1849. Cette première entreprise le confronte aux exigences très concrètes de la production, de l’approvisionnement, de l’organisation ouvrière et des débouchés commerciaux. Elle lui donne surtout une expérience de patron bien plus solide que ne l’aurait fourni un simple parcours scolaire.

L’alliance avec les Holtzer et la vallée des forges

Le 29 juin 1841, il épouse à Unieux Frédérique-Caroline Holtzer, fille de Jacob Holtzer, puissant maître de forges de l’Ondaine. Cette alliance familiale l’inscrit durablement dans l’univers industriel de la Loire. Les activités autour des faux et faucilles connaissent alors une phase d’extension : la société constituée à Pont-Salomon en 1856 réunit plusieurs ateliers et contribue à concentrer une production jusqu’alors très dispersée. Dorian participe à cette modernisation, au moment où la mécanisation et l’essor des marchés nationaux changent l’échelle de la métallurgie régionale.

Portrait de Pierre-Frédéric Dorian par Étienne David, 1865
Portrait de Pierre-Frédéric Dorian, 1865, par Étienne David. Domaine public, Médiathèque municipale de Saint-Étienne, via Wikimedia Commons.

À partir du retrait de Jacob Holtzer, en 1860, Pierre-Frédéric Dorian dirige avec son beau-frère Jules Holtzer la maison Jacob Holtzer et Cie. L’usine d’Unieux fabrique des armes blanches, des aciers fins pour l’outillage, la taillanderie et la coutellerie. Elle produit également des cloches d’acier, qui lui valent une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1867. Dorian veille à l’innovation : il installe un laboratoire de recherches pour le chimiste Jean-Baptiste Boussingault et fait fonctionner, à partir de 1869, une aciérie au creuset selon le procédé Siemens, complétée par une fonderie au coke. L’entreprise est ainsi engagée dans les progrès techniques qui redessinent alors la sidérurgie.

Ateliers des usines Holtzer à Unieux
Les usines Holtzer à Unieux, photographie de 1916. Opérateur Z / Isidore Aubert, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, Licence Ouverte, via Wikimedia Commons.

Son patronat se veut socialement actif, sans que cette ambition efface les rapports de production de son temps. Fidèle aux préoccupations héritées de sa jeunesse, il soutient le financement d’une école laïque à Unieux en 1868. L’année suivante, un ouvroir propose aux filles d’ouvriers une formation pratique à la couture, au repassage et à la cuisine ; en 1872, des écoles publiques gratuites sont réservées aux enfants des ouvriers des aciéries. Dorian prolonge ainsi la politique déjà menée par Jacob Holtzer : logements à proximité des ateliers, cours du soir, secours et services pour les salariés. Son action ne relève pas d’un retrait du politique dans l’entreprise ; elle exprime au contraire sa conviction que l’instruction et la dignité du travail doivent accompagner le développement industriel.

Du mandat local à l’opposition républicaine

La carrière publique de Dorian commence localement. Il est conseiller municipal de Valbenoîte de 1847 à 1855, puis maire d’Unieux de 1860 à 1865. Son élection comme conseiller général de la Loire en 1867 élargit son influence. Républicain affirmé, il ne se contente pas de l’action municipale : il participe à la fondation du journal L’Éclaireur, organe républicain local, et s’insère dans les réseaux d’opposition au Second Empire.

Élu député de la Loire en 1863, il siège à gauche au Corps législatif. Sa réélection en 1869 confirme l’implantation d’un républicanisme enraciné dans les cantons ouvriers de la région stéphanoise. Son profil est alors singulier : industriel de premier plan, il est aussi un adversaire constant du régime impérial. Cette double légitimité, économique et élective, explique sa place dans la vie politique de 1870. Elle lui permet de parler à la fois au nom d’un territoire industriel, des milieux républicains et d’une expertise technique devenue précieuse dans la crise nationale.

Portrait gravé de Pierre-Frédéric Dorian publié en 1871
Pierre-Frédéric Dorian dans L’Illustration, 1871. Reproduction photographique : Thomas Quine, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Le Gouvernement de la Défense nationale

La chute du Second Empire, le 4 septembre 1870, ouvre une période d’urgence politique et militaire. Dorian est nommé ministre des Travaux publics dans le Gouvernement de la Défense nationale, présidé par le général Trochu. Il occupe ce portefeuille jusqu’au 19 février 1871. Ses compétences industrielles sont alors mises à contribution dans une France engagée dans la guerre contre la Prusse : il est chargé notamment des questions d’armement et de l’appel aux entreprises privées. Son ministère se déploie dans les conditions extrêmement difficiles du siège de Paris, au moment où les institutions elles-mêmes doivent improviser leurs moyens d’action.

Au cours de février 1871, il assure également des intérims ministériels. La situation politique est mouvante, les responsabilités se superposent et les urgences militaires, administratives et sociales s’accumulent. Dorian ne se confond pas avec les grandes figures parisiennes du gouvernement, mais sa présence témoigne de l’importance accordée aux républicains issus des régions industrielles. Réélu député à l’Assemblée nationale en février 1871, il choisit la Loire plutôt que la Seine, où il avait également recueilli des suffrages. Il siège à gauche et vote notamment contre le traité de Francfort, contre le pouvoir constituant de l’Assemblée et pour le retour du Parlement à Paris.

Gouvernement de la Défense nationale de 1870
Le Gouvernement de la Défense nationale, 4 septembre 1870, photomontage d’Eugène Appert. Reproduction : Selvejp, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Les dernières années

Après la guerre, Dorian conserve une place importante dans son département. Il préside le conseil général de la Loire de 1870 à 1872, puis demeure député jusqu’à sa mort. Ses responsabilités nationales l’éloignent toutefois d’Unieux et de la conduite quotidienne des établissements. Son foyer reste au centre d’un vaste réseau familial : avec Caroline Holtzer, il a notamment pour enfants Aline, Charles et Daniel. Aline Ménard-Dorian tiendra plus tard un salon républicain très fréquenté à Paris ; Charles et Daniel seront à leur tour députés de la Loire. Cette continuité familiale ne doit pas masquer ce qui fit la singularité de Pierre-Frédéric Dorian : il avait construit son autorité par l’expérience industrielle, par son engagement républicain et par son insertion précoce dans les débats sociaux.

Il meurt à Paris le 14 avril 1873. Ses obsèques réunissent de nombreuses personnalités républicaines, parmi lesquelles Léon Gambetta, Jules Grévy, Jules Ferry, Jules Simon, Louis Blanc et Henri Brisson. L’inhumation au Père-Lachaise, le 17 avril, prend la forme d’un hommage politique autant que familial. Son tombeau de la division 70 conserve la mémoire d’un patron de l’industrie métallurgique devenu l’un des représentants les plus visibles de la gauche républicaine de la Loire au temps de la guerre de 1870 et de l’installation difficile de la République.

Œuvres principales

  • 1843-1849 : création puis direction de la fabrique de faux et faucilles de la vallée de Rochetaillée.
  • À partir de 1860 : direction, avec Jules Holtzer, de la maison Jacob Holtzer et Cie à Unieux.
  • 1867 : développement des cloches d’acier distinguées à l’Exposition universelle.
  • 1869 : mise en service à Unieux d’une aciérie au creuset selon le procédé Siemens, avec fonderie au coke.
  • 1863-1873 : député de la Loire, à gauche.
  • 4 septembre 1870-19 février 1871 : ministre des Travaux publics du Gouvernement de la Défense nationale.

Distinctions et récompenses

  • 1867 : médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris, obtenue par la maison Jacob Holtzer et Cie pour ses cloches d’acier.