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DORÉ Gustave

Qui est Gustave Doré ?

Nom complet : Paul Gustave Louis Auguste Doré.
Naissance : 6 janvier 1832, Strasbourg.
Mort : 23 janvier 1883, Paris, à 51 ans.
Activité : illustrateur, caricaturiste, dessinateur, graveur, lithographe, peintre et sculpteur.
Notoriété : l’un des plus grands créateurs d’images du XIXe siècle, célèbre pour ses illustrations de Dante, Cervantès, Perrault et de la Bible.

Où est la tombe de Gustave Doré ?

La tombe de Gustave Doré se trouve dans la division 22 du Père-Lachaise.

Plan des divisions du Père-Lachaise

Le monument funéraire de Gustave Doré au Père-Lachaise

La sépulture de Gustave Doré, dans la 22e division, rappelle un artiste dont les images ont marqué durablement l’imaginaire européen. Il repose auprès de sa mère, Alexandrine Doré, à laquelle il fut très attaché.

Tombe de Gustave Doré au Père-Lachaise
Tombe de Gustave Doré. Photo : Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA, Wikimedia Commons.
Monument de Gustave Doré, division 22
Vue d’ensemble du monument. Photo : Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons.

Biographie de Gustave Doré

Un enfant prodige du dessin

Paul Gustave Louis Auguste Doré naît le 6 janvier 1832 à Strasbourg. Son père, ingénieur des Ponts et Chaussées, appartient à une famille aisée qui encourage l’éducation de ses enfants sans imaginer d’abord une carrière artistique pour Gustave. Celui-ci dessine pourtant avec une facilité extraordinaire. Après l’installation familiale à Bourg-en-Bresse, il observe les paysages du Bugey, les rues, les animaux et les spectacles populaires, puis les transforme en récits pleins de mouvement. Il invente des histoires en images avant même de recevoir une formation académique. À treize ans, ses suites graphiques annoncent déjà la bande dessinée. Sa mémoire visuelle, son imagination et sa vitesse d’exécution deviennent les marques d’un artiste capable de concevoir presque instantanément une scène complexe. En 1847, pendant un séjour familial à Paris, il présente ses dessins à Charles Philipon, fondateur du Journal pour rire. Séduit, l’éditeur lui propose un contrat. L’adolescent reste dans la capitale, poursuit quelque temps ses études au lycée Charlemagne et publie Les Travaux d’Hercule. Dès 1848, ses caricatures paraissent régulièrement dans la presse satirique et il expose au Salon. Cette école du journal lui apprend à raconter vite, à rendre une composition lisible et à caractériser un personnage par une attitude.

Portrait photographique de Gustave Doré par Nadar
Gustave Doré photographié par Nadar, vers 1856-1858. Domaine public, Wikimedia Commons.

Rabelais et la conquête du livre illustré

Au début des années 1850, Doré multiplie albums comiques et dessins de presse, mais il veut renouveler le livre illustré. Ses images ne doivent pas seulement décorer un texte : elles doivent en prolonger le rythme, l’atmosphère et l’imaginaire. L’édition des œuvres de Rabelais publiée en 1854 constitue un tournant. Les géants, les banquets et le monde truculent de Gargantua conviennent à son goût du fantastique, de l’exagération et du foisonnement. Le succès le fait connaître d’un large public. Il illustre ensuite Balzac, les Contes drolatiques, Münchhausen, La Fontaine et de nombreux classiques. Doré fournit généralement des dessins sur bois que des graveurs spécialisés interprètent pour l’impression. Cette collaboration mobilise parfois de véritables ateliers. Si la taille du burin revient à d’autres artisans, le cadrage, la lumière, les masses et la dramaturgie sont profondément les siens. La mort de son père en 1849 a resserré ses liens avec sa mère Alexandrine, auprès de laquelle il vit longtemps. Son existence est désormais dominée par le travail : il produit avec une abondance qui émerveille le public et déroute déjà certains critiques.

Dante et un imaginaire monumental

Doré rêve bientôt d’illustrer les monuments de la littérature universelle. Son projet consacré à L’Enfer de Dante paraît en 1861. Devant les hésitations de l’éditeur Hachette, il prend une partie du risque financier. Le succès immédiat justifie son audace ; le Purgatoire et le Paradis complètent ensuite l’entreprise. Ses gouffres, ses architectures impossibles, ses ombres traversées de rayons et ses corps emportés dans des mouvements collectifs donnent à la Divine Comédie une forme visuelle durable. Doré alterne l’immensité cosmique et l’émotion d’un visage, le sublime des paysages et la précision narrative. La lumière devient un acteur : un éclat dans la nuit guide le regard, sépare les damnés ou ouvre un passage vers le ciel. Ces gravures circulent bien au-delà de la France. Elles démontrent que l’illustrateur ne se considère pas comme un exécutant, mais comme l’interprète du poète. Son dessin spectaculaire demeure toujours au service d’une lecture : il condense l’action, choisit l’instant décisif et place le lecteur devant un monde cohérent.

Dante égaré dans la forêt obscure, illustration de Gustave Doré
Dante dans la forêt obscure, chant I de L’Enfer. Domaine public, Wikimedia Commons.

Perrault, Cervantès et les voyages

En 1862, les Contes de Perrault permettent à Doré d’explorer un autre registre. Ses forêts profondes, ses châteaux lointains, son Petit Poucet et son Chat botté mêlent émerveillement et inquiétude. Un an plus tard paraît son Don Quichotte. Le chevalier maigre au visage émacié et le solide Sancho Panza forment sous son crayon un couple si convaincant qu’il influence durablement leur représentation. Doré ne réduit pas le roman à la farce : il comprend la noblesse du rêve du héros, la mélancolie de son échec et la beauté des paysages espagnols. Il voyage lui-même en Espagne et remplit ses carnets de types populaires, d’architectures et de scènes de rue. Ses déplacements dans les Pyrénées, en Écosse, en Suisse, sur le Rhin, en Alsace et en Angleterre enrichissent également son répertoire. Partout, il recueille des impressions qu’il réorganise librement. Sa fidélité n’est jamais celle d’un relevé froid : elle passe par une vision théâtrale de l’espace, des contrastes puissants et la capacité de faire du décor le miroir moral du récit.

Don Quichotte face aux moulins, illustration de Gustave Doré
Don Quichotte face aux moulins, 1863. Domaine public, Wikimedia Commons.

La Bible et la renommée internationale

La grande Bible illustrée publiée en 1866 porte sa réputation à son sommet. Les compositions consacrées au Déluge, à la tour de Babel, aux prophètes, à la Passion et à l’Apocalypse associent une puissance dramatique exceptionnelle à une grande clarté. Les éditions se multiplient dans plusieurs langues et les images entrent dans des milliers de foyers. Elles influencent la peinture religieuse, la scène, puis le cinéma. Le succès est particulièrement spectaculaire en Grande-Bretagne. À Londres, la Doré Gallery, ouverte en 1868, expose durablement ses grandes peintures et transforme son nom en attraction internationale. Doré produit aussi des images pour Le Paradis perdu de Milton, Coleridge et Tennyson. Cette abondance lui vaut les réserves d’un monde de l’art méfiant envers la popularité et la reproduction mécanique. Elle révèle pourtant une organisation remarquable : l’artiste conçoit sans relâche, confie la traduction gravée à des praticiens de premier plan et surveille plusieurs entreprises simultanées. À moins de quarante ans, il est l’illustrateur français le plus célèbre de son époque.

Le Déluge, illustration biblique de Gustave Doré
Le Déluge, illustration biblique de 1866. Domaine public, Wikimedia Commons.

Londres, la peinture et la quête de reconnaissance

Avec le journaliste Blanchard Jerrold, Doré parcourt Londres durant plusieurs années, des quartiers élégants aux docks et aux faubourgs pauvres. London: A Pilgrimage, publié en 1872, donne une vision spectaculaire et contrastée de la métropole industrielle. Il montre les foules, les gares et la Tamise, mais aussi les logements insalubres et la solitude. Certains critiques anglais lui reprochent d’accentuer la noirceur sociale ; sa dramatisation rend pourtant sensible l’échelle nouvelle de la grande ville. Malgré son immense réussite éditoriale, Doré souffre de ne pas être pleinement reconnu comme peintre. Il expose au Salon entre 1848 et 1882, aborde le paysage, la religion et l’histoire. Le Christ quittant le prétoire, L’Ange de Tobie et La Vallée de larmes reprennent l’ampleur de ses illustrations. L’État achète L’Ange de Tobie en 1865, mais la critique demeure partagée. Ses paysages de montagne révèlent pourtant une attention sensible aux rochers, aux forêts, aux lacs et aux effets atmosphériques. Ils expriment le sublime, cette admiration mêlée d’effroi devant une nature plus grande que l’homme.

La guerre de 1870 et une vision assombrie

La guerre franco-prussienne, le siège de Paris et la défaite bouleversent Doré. Resté dans la capitale, il traduit le traumatisme collectif dans des compositions allégoriques liées aux Souvenirs de 1870. Dans L’Énigme, un sphinx ailé domine un champ couvert de morts et interroge silencieusement le sens du désastre. L’Aigle noir de Prusse et La Défense de Paris participent du même cycle. L’imaginaire fantastique qui servait Dante rejoint ici l’histoire contemporaine. Il ne s’agit plus d’illustrer un texte, mais de donner une forme symbolique à la violence et au deuil. Cette période montre la profondeur d’un artiste parfois réduit à sa virtuosité. Derrière le spectacle existe une sensibilité aux catastrophes humaines et aux vaincus. La noirceur n’est plus seulement un procédé : elle devient un langage moral. Doré transforme l’événement en vision sans en effacer la gravité, prouvant que son art peut exprimer ce que le récit documentaire ne suffit pas à dire.

L’Énigme de Gustave Doré, guerre de 1870
L’Énigme, évocation de la guerre de 1870. Domaine public, Wikimedia Commons.

Sculpture, mort et postérité

Dans les années 1870, Doré élargit encore son activité à la sculpture. Il modèle des figures religieuses, des groupes monumentaux et des héros littéraires. Son D’Artagnan pour le monument à Alexandre Dumas prolonge dans l’espace son sens du mouvement et de la narration. Travailleur infatigable, célibataire et très attaché à sa mère, il mène une existence absorbée par ses projets. Sa santé se fragilise et il meurt à Paris le 23 janvier 1883, dix-sept jours après son cinquante et unième anniversaire. Il est inhumé au Père-Lachaise, dans la 22e division, auprès de sa mère. La même année, son D’Artagnan est inauguré à Paris. Doré laisse des milliers de dessins et une œuvre qui traverse les frontières entre culture savante et populaire. Ses interprétations de Dante, Cervantès, Perrault, Milton et de la Bible ont façonné la mémoire visuelle de ces textes. Le cinéma fantastique, l’animation, la science-fiction et la bande dessinée ont puisé dans ses éclairages, ses architectures vertigineuses et ses foules. Les expositions modernes ont réévalué la cohérence de sa démarche : quel que soit le support, Doré cherche à créer un monde et à placer le spectateur devant une vision immédiatement lisible, riche de détails et d’émotion.

Œuvres principales

  • Les Travaux d’Hercule, 1847.
  • Œuvres de Rabelais, 1854 et 1873.
  • L’Enfer de Dante, 1861 ; Le Purgatoire et le Paradis, 1868.
  • Contes de Perrault, 1862.
  • Don Quichotte, 1863.
  • La Sainte Bible, 1866.
  • Le Paradis perdu, 1866.
  • London: A Pilgrimage, 1872.
  • L’Énigme, 1871.
  • Le Christ quittant le prétoire, 1867-1872.
  • La Vallée de larmes, 1883.
  • D’Artagnan, sculpture inaugurée en 1883.

Distinctions

  • Chevalier de la Légion d’honneur en 1861.
  • Officier de la Légion d’honneur en 1879.