Qui est Eugène Delacroix ?
Date de naissance : 26 avril 1798 (Charenton-Saint-Maurice, Val-de-Marne, France).
Date du décès : 13 août 1863 (Paris, France), à 65 ans.
Activité principale : peintre, dessinateur et décorateur.
Courant artistique : romantisme.
Fonction : membre de l’Académie des beaux-arts à partir de 1857.
Où se trouve la tombe d’Eugène Delacroix ?
La tombe d’Eugène Delacroix se trouve dans la division 49, avenue Eugène-Delacroix, 1re ligne, au cimetière du Père-Lachaise.

La sépulture d’Eugène Delacroix au Père-Lachaise
Le tombeau, situé en bordure de l’avenue Eugène-Delacroix, est dessiné par l’architecte Denis Darcy. Taillé dans la lave noire de Volvic, il reprend la forme d’un sarcophage antique inspiré du tombeau de Scipion Barbatus. Une grille en bronze entoure le monument, dont l’inscription porte simplement le nom d’Eugène Delacroix.


Biographie d’Eugène Delacroix
Eugène Delacroix, de son nom complet Ferdinand-Victor-Eugène Delacroix, naît le 26 avril 1798 à Charenton-Saint-Maurice, aux portes de Paris. Il devient l’une des figures majeures de la peinture française du XIXe siècle et l’un des représentants les plus puissants du romantisme. Par l’intensité de sa couleur, son goût du mouvement, ses sujets inspirés de la littérature, de l’histoire contemporaine et de ses voyages, il rompt avec l’idéal de calme et de précision que les tenants du néoclassicisme plaçaient au sommet de la peinture.
Une jeunesse parisienne et l’apprentissage de la peinture
Son père, Charles-François Delacroix, est administrateur et homme politique ; sa mère, Victoire Œben, appartient à une famille d’ébénistes renommés. Eugène perd son père en 1805, puis sa mère en 1814. Après des études au lycée impérial, futur lycée Louis-le-Grand, il choisit la voie artistique. En 1815, il entre dans l’atelier du peintre Pierre-Narcisse Guérin, où il rencontre notamment Théodore Géricault et Richard Parkes Bonington. Au Louvre, il copie les maîtres anciens, s’attache à Rubens, Véronèse et Rembrandt, et découvre également l’œuvre de Géricault, dont le Radeau de la Méduse lui révèle une peinture plus dramatique et plus libre.
Il ne remporte pas le prix de Rome, mais il acquiert une solide culture visuelle et littéraire. Shakespeare, Goethe, Byron, Walter Scott, Dante et les poètes contemporains nourrissent son imaginaire. Pour Delacroix, la peinture n’est pas une simple illustration : elle doit donner une forme sensible aux passions, aux conflits et aux bouleversements de l’histoire. Cette conviction guidera toute sa carrière.

Les débuts au Salon et l’affirmation romantique
Au Salon de 1822, Delacroix expose La Barque de Dante, également appelée Dante et Virgile aux enfers. L’œuvre, achetée par l’État, suscite l’attention par son énergie et par sa violence colorée. Deux ans plus tard, Les Massacres de Scio évoquent la guerre d’indépendance grecque et le massacre commis par les troupes ottomanes. Le tableau choque une partie de la critique par l’absence de héros victorieux : la scène montre surtout des civils frappés par la guerre, dans une composition volontairement instable et douloureuse.
En 1825, un séjour en Angleterre lui fait découvrir la peinture de Constable et l’univers de Shakespeare sur la scène londonienne. Il y trouve une confirmation de son intérêt pour les effets atmosphériques, les contrastes de lumière et l’expression directe des passions. De retour à Paris, il poursuit une série de grands tableaux littéraires et historiques, parmi lesquels La Mort de Sardanapale, présentée au Salon de 1827. Cette composition orientale, flamboyante et cruelle, devient l’un des manifestes de sa manière : couleurs ardentes, mouvement circulaire, abondance de détails et refus d’une lecture uniquement académique du sujet antique.

La Révolution de 1830 et La Liberté guidant le peuple
Les journées de juillet 1830, qui renversent Charles X, inspirent à Delacroix son tableau le plus célèbre : La Liberté guidant le peuple, exposé au Salon de 1831. Il ne s’agit pas d’un reportage précis, mais d’une synthèse entre l’événement contemporain et l’allégorie. Une femme brandissant le drapeau tricolore entraîne un groupe hétérogène de combattants au-dessus des barricades. Elle est devenue l’une des incarnations les plus célèbres de la Liberté et, plus largement, de la nation française.
Acheté par l’État en 1831, le tableau est ensuite retiré de l’exposition publique durant plusieurs périodes, son message révolutionnaire paraissant trop sensible. Il entre durablement au Louvre après la mort de l’artiste. Sa fortune visuelle est considérable : l’œuvre a fourni au fil du temps une image universellement reconnue de l’insurrection, tout en gardant l’ambiguïté propre à la peinture de Delacroix, où l’élan collectif côtoie les corps blessés et la violence des combats.

Le voyage au Maroc et l’Orient
En 1832, Delacroix accompagne la mission diplomatique du comte de Mornay au Maroc. Il passe par Tanger, Meknès et l’Algérie, et remplit des carnets de croquis, de notes et d’études de costumes. Le voyage agit comme une réserve de formes et de couleurs qu’il exploitera jusqu’à la fin de sa vie. Ses tableaux marocains ne sont donc pas toujours peints sur place : ils sont souvent élaborés à Paris à partir de souvenirs, de dessins et d’objets rapportés.
Cette expérience est centrale dans son œuvre, mais elle appartient aussi à l’histoire du regard européen sur l’Afrique du Nord. Delacroix cherche une lumière, des usages et des scènes de vie qui lui paraissent éloignés de Paris ; ses images restent néanmoins produites par un artiste français voyageant dans le cadre d’une mission diplomatique. Femmes d’Alger dans leur appartement, peint en 1834, compte parmi les œuvres les plus célèbres issues de cette période. Sa richesse chromatique et son intimité silencieuse ont marqué durablement la peinture moderne.

Les grands décors et les dernières années
À partir des années 1830, la reconnaissance officielle lui apporte de vastes commandes décoratives. Il peint au Palais-Bourbon, à la bibliothèque de la Chambre des députés, puis à la bibliothèque du Luxembourg. Il travaille également à la galerie d’Apollon du Louvre. À l’église Saint-Sulpice, il réalise entre 1849 et 1861 les peintures de la chapelle des Saints-Anges, dont La Lutte de Jacob avec l’ange. Ces ensembles confirment sa maîtrise de la peinture monumentale et de la relation entre architecture, lumière et narration.
Après plusieurs échecs, Delacroix est élu à l’Académie des beaux-arts en 1857. Cette consécration n’efface pas son tempérament solitaire. Il s’installe la même année rue de Fürstenberg, dans l’atelier-jardin qui abrite aujourd’hui le musée national Eugène-Delacroix. Il y travaille encore sur les commandes de Saint-Sulpice, malgré une santé fragile. Son Journal, tenu par intermittence, donne un éclairage précieux sur ses lectures, ses amis, ses inquiétudes et sa réflexion constante sur la peinture.

Delacroix meurt à Paris le 13 août 1863. Son œuvre, longtemps discutée, exerce une influence considérable sur les générations suivantes, notamment sur les impressionnistes et sur les peintres qui, comme Cézanne ou Matisse, voient dans sa couleur une force constructive. Sans appartenir à une école unique, il a fait de la peinture un espace d’intensité, capable de réunir la littérature, l’histoire, le spectacle de la nature et la présence humaine.
Son activité ne se limite pas aux tableaux de chevalet et aux grands décors. Delacroix dessine sans relâche, pratique l’aquarelle et la lithographie, suit avec attention les débats sur la restauration des monuments et entretient une correspondance abondante. Son Journal révèle un peintre méthodique, attentif aux rapports de tons autant qu’aux sujets. Il y note ses impressions de musique, de théâtre et de nature, et revient constamment à la nécessité de faire vivre la couleur par les contrastes plutôt que par le contour seul.
Cette conception contribue à expliquer l’importance de Delacroix dans l’histoire de l’art. Ses tableaux ont été étudiés par les artistes du XIXe et du XXe siècle non comme des récits figés, mais comme des organisations de couleurs et d’énergies. Baudelaire, qui lui consacre des pages majeures, voit en lui le peintre de la modernité et de l’imagination. La postérité retient ses grands symboles, mais son œuvre est aussi faite de paysages, de fleurs, d’animaux et de portraits, autant de domaines où il cherche la vibration particulière de la lumière.
Œuvres principales
- La Barque de Dante, 1822, musée du Louvre.
- Les Massacres de Scio, 1824, musée du Louvre.
- La Mort de Sardanapale, 1827, musée du Louvre.
- La Liberté guidant le peuple, 1830, musée du Louvre.
- Femmes d’Alger dans leur appartement, 1834, musée du Louvre.
- Décor de la chapelle des Saints-Anges, église Saint-Sulpice, Paris, 1849-1861.
Distinctions et fonctions
- Exposant au Salon à partir de 1822.
- Commandes officielles pour le Palais-Bourbon, le palais du Luxembourg, le Louvre et l’église Saint-Sulpice.
- Chevalier de la Légion d’honneur, 1831 ; promu officier en 1846.
- Membre de l’Académie des beaux-arts, 1857.