Qui est Charles Crozatier ?
Date de naissance : 18 février 1795 (Le Puy-en-Velay, Haute-Loire, France).
Date du décès : 8 février 1855 (Paris, France), à 59 ans.
Activité principale : Bronzier d’art, fondeur et mécène.
Nom de naissance : Charles Crozatier.
Où est la tombe de Charles Crozatier ?
Charles Crozatier repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 49, chemin de la Cave, première ligne.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : repérez la division 49.
Le monument funéraire de Charles Crozatier au Père-Lachaise
Le monument de Charles Crozatier compte parmi les sépultures remarquables de la division 49. Conçu par l’architecte Alphonse Girard, il associe un marbre vert veiné, des bronzes et une sculpture décorative particulièrement riche. Deux bustes d’Astyanax Scévola Bosio et plusieurs bas-reliefs de François-Joseph Bosio représentaient à l’origine le sculpteur, l’apprenti et le fondeur dans son atelier. Certaines œuvres ont disparu ou été mutilées, mais l’ensemble conserve une puissance décorative exceptionnelle, en accord avec le métier de Crozatier.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Le monument Crozatier, œuvre d’art funéraire et hommage au fondeur.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Détail de la sculpture qui anime le monument.
Biographie de Charles Crozatier
Charles Crozatier appartient à cette génération d’artisans devenus entrepreneurs et mécènes qui ont donné au bronze d’art une place centrale dans la France du XIXe siècle. Né au Puy-en-Velay en 1795 dans une famille modeste, il apprend le dessin et le modelage, rejoint Paris, voyage en Italie puis bâtit rue du Parc-Royal l’un des ateliers de fonderie les plus actifs de son époque. Les commandes royales, impériales et étrangères font sa fortune ; il la met ensuite au service de sa ville natale, à laquelle il lègue une collection considérable à l’origine du musée Crozatier.
Du Puy-en-Velay à l’apprentissage parisien
Charles Crozatier naît le 18 février 1795 au Puy-en-Velay. Sa famille vit modestement à Aiguilhe, près du rocher et de la chapelle Saint-Michel. Cette origine provinciale compte dans la manière dont il envisagera plus tard la réussite : Paris est pour lui un lieu de formation et de travail, mais Le Puy demeure le lieu auquel il souhaite rendre ce qu’il a reçu. Adolescent, il manifeste des dispositions pour le dessin et le modelage ; il arrive à Paris vers 1813 et entre dans l’atelier du sculpteur Pierre Cartellier. Il y découvre la discipline de la sculpture académique et le rôle décisif des modèles dans la préparation d’un bronze.
Ses premières œuvres de sculpture sont favorablement reçues, mais Crozatier comprend vite que sa véritable voie se trouve dans la fonderie d’art. À une époque où les palais, les églises, les jardins et l’espace public se couvrent de statues, de candélabres et d’objets décoratifs, le fondeur est le partenaire indispensable des sculpteurs. Il doit maîtriser les modèles, la cire, le moule, les alliages, la ciselure et la patine, tout en tenant un atelier capable de répondre à des commandes coûteuses. Le bronze devient ainsi pour Crozatier à la fois une matière artistique et une activité industrielle.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Le décor funéraire rappelle les métiers de la sculpture et de la fonderie.
L’Italie, les modèles et l’atelier de la rue du Parc-Royal
Un séjour en Italie complète sa formation. Crozatier y étudie la Renaissance, le baroque, les grands bronzes antiques et les collections romaines. Il rapporte des moulages et des modèles qui serviront à nourrir sa production. Cette pratique ne consiste pas simplement à copier : elle permet de comprendre les volumes, les effets de surface et les problèmes techniques posés par la transposition d’un modèle en métal. De retour à Paris, il établit son atelier rue du Parc-Royal ; actif de 1815 à 1855, il devient une adresse recherchée par les sculpteurs et par les commanditaires.
Son catalogue mêle statues, groupes décoratifs, luminaires, vases, pendules et bronzes d’ameublement. Cette diversité est caractéristique du bronze d’art : une même maison peut couler un monument public, fournir un palais et proposer des objets plus petits à une clientèle de collectionneurs. Crozatier conjugue l’organisation de l’atelier et le sens du goût ; sa notoriété dépasse bientôt la France. Les commandes lui apportent une prospérité solide, sans effacer l’importance des ouvriers, mouleurs, ciseleurs et patineurs qui participent à chaque réalisation.

Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Un détail du monument, où le bronze et le décor sculpté prolongent le métier du défunt.
Les grands bronzes de la monarchie et de l’Empire
La carrière de Crozatier se mesure à la qualité des commandes qui lui sont confiées. Il réalise notamment la fonte de grands ensembles conçus par des sculpteurs reconnus : la statue de Napoléon destinée à la colonne Vendôme, restaurée en 1833 d’après Charles-Émile Seurre, le monument équestre de Louis XIV dans la cour du château de Versailles, ainsi que la quadrige de l’arc de triomphe du Carrousel d’après François-Joseph Bosio. Ces œuvres exigent des moyens exceptionnels : dimensions, poids, acheminement, assemblage et résistance du métal imposent une maîtrise technique que peu d’ateliers possèdent.
Il serait toutefois réducteur de lui attribuer la création de toutes ces sculptures. Crozatier est le fondeur, celui qui donne au modèle sa présence métallique durable. Son nom rappelle que l’histoire de l’art public ne se résume pas aux seuls auteurs des esquisses. Le fondeur transforme une idée sculptée en objet réel, visible de loin, soumis au climat et au temps. Sa place est d’autant plus importante dans le Paris du XIXe siècle que le bronze devient l’un des matériaux privilégiés de la mémoire monarchique, impériale et nationale.

Fernand Fleury, domaine public, via Wikimedia Commons.
Le monument Crozatier photographié au tournant des XIXe et XXe siècles.
Le mécène et le musée Crozatier
La fortune de Crozatier prend un sens particulier lorsqu’il décide d’en faire bénéficier Le Puy-en-Velay. Il réunit une collection d’œuvres d’art, de moulages, de sculptures et d’objets destinés à l’instruction publique. À son décès, il lègue à la ville des fonds considérables et ses collections. Ce geste rend possible la création du musée Crozatier, ouvert en 1868, qui conserve aujourd’hui des ensembles d’archéologie, de beaux-arts, de sciences et d’arts locaux. Le fondeur se fait ainsi passeur : sa réussite privée devient un outil culturel durable pour sa région d’origine.
Ce mécénat ne doit pas être séparé de son métier. Crozatier a vécu au contact des modèles, des œuvres anciennes et des ateliers ; il sait que les collections peuvent former le regard. Le musée n’est pas seulement un monument à sa mémoire. Il traduit un idéal d’éducation artistique très présent au XIXe siècle : permettre aux habitants d’une ville de province de voir, comparer et apprendre. Cette ambition explique que son nom reste vivant au Puy bien au-delà de la seule histoire du bronze.
Mort, sépulture et mémoire
Charles Crozatier meurt à Paris le 8 février 1855. Son tombeau au Père-Lachaise, à la fois ambitieux et très personnel, est l’un des meilleurs témoignages de la place qu’occupait alors le fondeur d’art. Les artistes qui l’entourent conçoivent une œuvre qui parle de sculpture, de travail et de transmission. Les disparitions et dégradations survenues au fil du temps rappellent la fragilité du patrimoine funéraire ; elles n’empêchent pas de comprendre l’intention initiale de l’ensemble.
Sa postérité se partage entre Paris, où ses fontes participent encore à de grands décors monumentaux, et Le Puy-en-Velay, où son nom est indissociable du musée Crozatier. Il incarne une figure essentielle du XIXe siècle : l’artisan qui maîtrise une technique complexe, l’entrepreneur qui dirige un atelier et le collectionneur qui transforme la réussite professionnelle en bien commun.
Œuvres et réalisations principales
- Fonte de la statue de Napoléon pour la colonne Vendôme, 1833.
- Fonte du monument équestre de Louis XIV à Versailles.
- Fonte de la quadrige de l’arc de triomphe du Carrousel.
- Candélabres, bronzes décoratifs et objets d’art produits par l’atelier de la rue du Parc-Royal.
- Constitution des collections à l’origine du musée Crozatier du Puy-en-Velay.
Distinctions et repères
Charles Crozatier est reconnu de son vivant comme l’un des grands fondeurs d’art français. Son atelier est actif à Paris pendant quarante ans, de 1815 à 1855. Sa tombe, inscrite parmi les monuments remarquables du Père-Lachaise, et le musée Crozatier du Puy-en-Velay assurent la continuité de sa mémoire.