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CURIEL Henri

Qui est Henri Curiel ?

Date de naissance : 13 septembre 1914 (Le Caire, Égypte).
Date du décès : 4 mai 1978 (Paris, France), à 63 ans.
Activité principale : Militant communiste et anticolonialiste.
Nom de naissance : Henri Curiel.

Où est la tombe d’Henri Curiel ?

Henri Curiel repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 01, près de l’entrée principale du boulevard de Ménilmontant.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : repérez la division 01.

Le monument funéraire d’Henri Curiel au Père-Lachaise

La tombe d’Henri Curiel est une sépulture sobre de granit, ornée d’un portrait photographique. L’inscription rappelle qu’il est né au Caire le 13 septembre 1914, assassiné à Paris le 4 mai 1978, et qu’il consacra sa vie à la lutte pour « le Socialisme et la Paix ». Ce texte donne au monument un caractère politique et personnel, fidèle à la place de Curiel dans les mouvements anticoloniaux du XXe siècle.

Tombe d’Henri Curiel au Père-Lachaise

Coyau, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
La sépulture d’Henri Curiel dans la division 01.

Vue rapprochée de la tombe d’Henri Curiel

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Une autre vue du monument et de son inscription.

Biographie d’Henri Curiel

Henri Curiel occupe une place singulière dans l’histoire des communismes, de l’anticolonialisme et des solidarités internationales du XXe siècle. Né dans une famille juive sépharade aisée du Caire, il choisit très tôt de rompre avec les intérêts de son milieu pour s’engager aux côtés des travailleurs égyptiens, des mouvements de libération puis des opposants aux dictatures. Expulsé d’Égypte, réfugié en France, emprisonné pour son soutien au FLN algérien, il devient enfin l’un des animateurs d’un réseau d’aide aux militants du tiers-monde. Son assassinat à Paris, jamais élucidé par la justice, a figé son image de militant clandestin ; son parcours mérite pourtant d’être compris dans toute sa continuité.

Le Caire, une famille cosmopolite et la découverte de l’inégalité

Henri Curiel naît au Caire le 13 septembre 1914. Son père est banquier et la famille, d’origine italienne et de tradition juive sépharade, appartient à la grande bourgeoisie égyptienne. Elle vit dans une société coloniale où les statuts juridiques, les langues et les origines se superposent. Henri grandit dans un environnement protégé, fréquente le collège de la Sainte-Famille et possède d’abord la nationalité italienne. Il devient citoyen égyptien dans les années 1930. Son frère Raoul Curiel, futur archéologue et numismate, emprunte une voie savante ; Henri, lui, se tourne vers la politique.

La crise sociale et les contrastes du Caire jouent un rôle essentiel dans cette orientation. Curiel découvre la pauvreté ouvrière, les inégalités entre communautés et la dépendance de l’Égypte à l’égard de la puissance britannique. Sa conversion au communisme ne relève pas d’une posture littéraire : elle procède d’une enquête concrète sur les conditions de travail et sur la possibilité d’une organisation collective. Il se rapproche de militants égyptiens et étrangers, apprend à vivre dans la clandestinité et privilégie, dès cette époque, le lien entre lutte sociale et indépendance nationale.

Henri Curiel jeune étudiant

Henri Curiel jeune étudiant, Egnaruas, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Le seul portrait librement disponible de Curiel à ses débuts.

Construire un communisme égyptien

Durant la Seconde Guerre mondiale, Curiel participe à la formation de groupes marxistes égyptiens. Il défend une organisation qui ne soit pas seulement importée d’Europe, mais enracinée dans les réalités du pays. Les militants s’adressent aux ouvriers, soutiennent les grèves et dénoncent à la fois le colonialisme britannique, les inégalités sociales et les formes locales d’autoritarisme. En 1947, il devient une figure du Mouvement démocratique de libération nationale, le HADÉTO, l’une des principales organisations communistes du pays.

Cette activité le conduit à l’arrestation et à l’internement. Après le tournant nationaliste de 1950, il est expulsé d’Égypte au motif qu’il est né avec une nationalité étrangère. Cette décision est une rupture profonde : Curiel perd son pays d’action, mais ne renonce ni au communisme ni aux combats anticoloniaux. Il séjourne brièvement en Italie avant de s’installer à Paris en 1951. Il y arrive comme exilé politique, avec des contacts, une expérience clandestine et la conscience aiguë que les luttes nationales ne s’arrêtent pas aux frontières.

Drapeau du royaume d’Égypte au temps de la jeunesse d’Henri Curiel

Drapeau du royaume d’Égypte, domaine public, via Wikimedia Commons.
Un repère visuel pour l’Égypte dans laquelle Curiel milite avant son expulsion.

Paris et la guerre d’Algérie : les réseaux de soutien

La guerre d’Algérie donne une nouvelle dimension à son engagement. Curiel rejoint les réseaux français de soutien au Front de libération nationale algérien, connus sous le nom de « porteurs de valises ». Ils aident à transporter des fonds, à fabriquer de faux papiers, à héberger des militants et à organiser des passages. Curiel n’est pas un simple relais : après l’éloignement de Francis Jeanson en 1960, il devient l’un des principaux animateurs de cette solidarité. L’action est illégale au regard des autorités françaises, mais ses participants y voient un devoir politique face à la guerre et à la torture.

Arrêté en octobre 1960, Curiel est détenu à Fresnes pendant dix-huit mois. En prison, il continue de former les militants emprisonnés à l’organisation et à la discipline collective. Libéré après les accords d’Évian, il demeure un temps assigné à résidence, avant de retrouver Paris. Cette période fonde sa réputation dans la gauche anticolonialiste. Elle explique aussi les surveillances dont il fera durablement l’objet : pour ses adversaires, il est un organisateur dangereux ; pour ses proches, un homme qui a mis son savoir-faire au service d’une cause de libération.

Drapeau de l’Algérie

Drapeau de l’Algérie, domaine public, via Wikimedia Commons.
Henri Curiel participe en France aux réseaux civils de soutien au mouvement de libération algérien.

Solidarité : aider sans diriger

Au milieu des années 1960, Curiel fonde Solidarité. L’organisation a pour vocation d’aider matériellement et techniquement les militants de mouvements de libération nationale ou d’opposition démocratique : formation à la sécurité, impression, hébergement, contacts, faux papiers et circulation de l’information. Curiel défend une règle qui résume son expérience : soutenir une lutte sans s’y substituer. Ce rôle discret, parfois décrit comme celui d’un « porteur de valises » international, relie des causes très différentes par une même pratique de l’entraide.

Solidarité est notamment en relation avec des opposants aux dictatures espagnole, portugaise et grecque, avec l’ANC sud-africain, avec des mouvements d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient. Curiel œuvre aussi au rapprochement entre militants israéliens et palestiniens favorables à une reconnaissance mutuelle. Il ne prétend pas résoudre seul les conflits ; il crée des conditions de rencontre, dans une Europe où les exilés disposent rarement de lieux sûrs. Cette activité internationale nourrit aussi les suspicions de la police française et de services étrangers. Curiel reste pourtant éloigné de l’image d’un chef solitaire. Ceux qui le décrivent insistent sur son sens de l’écoute, sa capacité à mettre en relation des personnes très différentes et sa méfiance envers les déclarations grandiloquentes. Son influence repose moins sur une tribune que sur une organisation patiente : repérer un besoin, trouver un lieu, transmettre une compétence et protéger les personnes exposées, sans prétendre parler à leur place ni décider de leurs stratégies.

Drapeau de l’African National Congress

Drapeau de l’ANC, via Wikimedia Commons.
L’ANC fait partie des mouvements avec lesquels Solidarité est en relation.

Assassinat rue Rollin et mémoire d’un militant

Le 4 mai 1978, Henri Curiel est abattu dans l’ascenseur de son immeuble, rue Rollin, dans le 5e arrondissement de Paris. Un mystérieux « commando Delta » revendique rapidement l’attentat. Plusieurs hypothèses ont été avancées au fil des années — milieux d’extrême droite liés à la guerre d’Algérie, réseaux hostiles à son action internationale, rivalités liées au Proche-Orient — mais l’enquête n’a jamais permis d’établir définitivement l’identité des tueurs ni des commanditaires. Cette absence de vérité judiciaire pèse encore sur sa mémoire.

La mort de Curiel suscite une émotion particulière dans les milieux anticolonialistes. Sa veuve, Rosette, et ses proches poursuivent le travail de mémoire, tandis que sa sépulture devient un lieu de recueillement pour ceux qui se reconnaissent dans son parcours. Sa vie rappelle que l’histoire des décolonisations s’est aussi écrite à Paris, dans des appartements, des imprimeries et des réseaux de solidarité. Elle oblige enfin à distinguer les accusations publiques, souvent instrumentalisées, des faits établis : Curiel fut un militant communiste engagé, parfois clandestin, mais son meurtre demeure non élucidé.

Plaque commémorative Henri Curiel rue Rollin à Paris

Plaque Henri Curiel, rue Rollin, via Wikimedia Commons.
La plaque parisienne rappelle le lieu de son assassinat, le 4 mai 1978.

Textes et activités principales

  • Organisation de groupes communistes égyptiens et direction du HADÉTO.
  • Soutien aux réseaux civils d’aide au FLN algérien pendant la guerre d’Algérie.
  • Fondation et animation de Solidarité, réseau d’appui aux mouvements de libération et aux opposants démocratiques.
  • Initiatives de dialogue entre militants israéliens et palestiniens favorables à une reconnaissance mutuelle.

Distinctions et repères

Henri Curiel n’a pas recherché les honneurs officiels. Sa reconnaissance est celle des réseaux militants, des historiens de la décolonisation et des acteurs de la solidarité internationale. Une plaque commémorative rue Rollin, à Paris, et sa tombe au Père-Lachaise entretiennent le souvenir d’un homme dont l’engagement traversa l’Égypte, l’Algérie, l’Afrique du Sud, l’Amérique latine et le Proche-Orient.