Qui est Auguste Clésinger ?
Date de naissance : 22 octobre 1814 (Besançon, Doubs, France).
Date du décès : 5 janvier 1883 (Paris, France), à 68 ans.
Activité principale : Sculpteur et peintre.
Nom de naissance : Jean-Baptiste Auguste Clésinger.
Où est la tombe d’Auguste Clésinger ?
Auguste Clésinger repose dans la division 10 du cimetière du Père-Lachaise, dans la sépulture Clésinger-Gourmont, où sont également inhumés Berthe de Courrière et Rémy de Gourmont.

Plan des divisions du cimetière du Père-Lachaise : repérez la division 10.
Le monument funéraire d’Auguste Clésinger au Père-Lachaise
Le sculpteur est enterré dans une concession partagée, connue comme la tombe Clésinger-Gourmont. Le monument associe ainsi la mémoire d’Auguste Clésinger à celle de Berthe de Courrière, son modèle et dernière compagne, puis à celle de l’écrivain Rémy de Gourmont, compagnon de Berthe de Courrière.
Cette sépulture est particulièrement intéressante au regard de la carrière de Clésinger : auteur de nombreux portraits et monuments, il repose dans une tombe sobre dont le souvenir s’inscrit aussi dans le réseau littéraire et artistique de la fin du XIXe siècle. Elle se situe dans la division 10, tout près de plusieurs autres sépultures remarquables.
Auteur indiqué sur Wikimedia Commons, via Wikimedia Commons.
Tombe d’Auguste Clésinger, division 10 du Père-Lachaise.

Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Vue de la sépulture Clésinger-Gourmont, division 10.
Biographie d’Auguste Clésinger
Jean-Baptiste Auguste Clésinger, plus connu sous le nom d’Auguste Clésinger, est l’une des figures les plus singulières de la sculpture française du XIXe siècle. Formé dans le cadre académique, il se fait remarquer par un art de la chair et du mouvement qui dérange autant qu’il séduit. Son nom reste attaché à la Femme piquée par un serpent, œuvre scandaleuse du Salon de 1847, mais sa carrière couvre aussi le portrait, la statuaire monumentale, les sujets religieux et les monuments funéraires. Ses liens familiaux avec George Sand, Solange Sand et Frédéric Chopin l’inscrivent au cœur de la vie romantique parisienne.
Un apprentissage à Besançon
Auguste Clésinger naît à Besançon le 22 octobre 1814. Son père, Georges-Philippe Clésinger, est lui-même sculpteur : il lui donne ses premiers outils et une connaissance très concrète des matériaux. Le jeune homme étudie également à l’École des beaux-arts de Besançon. Cette formation précoce lui apporte une solide maîtrise du dessin et du modelage, mais elle ne le fixe pas dans une manière uniquement scolaire. Il recherche rapidement des poses expressives, une surface vivante et des effets de présence qui distinguent ses œuvres des compositions plus froides de l’académisme.
Installé à Paris, il expose au Salon dès 1843. La reconnaissance vient assez vite par le biais des portraits et des bustes, genre très demandé dans la société du temps. Il réalise notamment des effigies de personnalités artistiques et mondaines. La commande officielle, le marché privé et les salons littéraires lui procurent des soutiens, mais c’est une œuvre beaucoup plus audacieuse qui fait de lui un nom connu du grand public.

Fonds Félix Nadar, Musée d’Orsay, domaine public, via Wikimedia Commons.
Auguste Clésinger, photographie de la seconde moitié des années 1850.
La Femme piquée par un serpent, scandale du Salon de 1847
Au Salon de 1847, Clésinger présente Femme piquée par un serpent. Le marbre représente une jeune femme nue, renversée dans une attitude convulsive. La sculpture provoque immédiatement une vive réaction. Les critiques discutent autant de sa beauté plastique que de son réalisme troublant. L’artiste a utilisé des moulages pris directement sur son modèle, Apollonie Sabatier, ce qui nourrit l’accusation d’une œuvre trop littérale, presque mécanique, et renforce l’érotisme que beaucoup de visiteurs perçoivent dans la pose.
Le scandale est révélateur de son époque. La nudité existe depuis longtemps dans l’art académique, mais elle doit idéalement se dissimuler derrière l’antique, l’allégorie ou l’histoire. Clésinger impose une présence physique qui paraît trop contemporaine. L’œuvre attire pourtant les défenseurs d’un art plus libre : Théophile Gautier la salue, tandis que la critique hostile assure paradoxalement sa célébrité. Conservée aujourd’hui au musée d’Orsay, elle demeure l’une des sculptures les plus célèbres du romantisme français.

Rama, CC BY-SA 2.0 FR, via Wikimedia Commons.
Femme piquée par un serpent, 1847, musée d’Orsay.
Solange Sand et le cercle de George Sand
La même période place Clésinger au cœur d’une famille et d’un milieu littéraire prestigieux. En 1847, il épouse Solange Dudevant, dite Solange Sand, fille de George Sand. Le mariage rapproche le sculpteur de Nohant et des amis de l’écrivaine, mais l’union est mouvementée. Le couple a deux enfants ; leur fille Jeanne Gabrielle, surnommée Nini, meurt en 1855. La séparation intervient auparavant et le divorce est prononcé en 1852. Cette histoire familiale, tendue et douloureuse, nourrit durablement les récits consacrés au groupe de George Sand.
Clésinger réalise plusieurs œuvres liées à ce cercle. Il sculpte et peint Solange, puis exécute une imposante représentation de George Sand sous l’apparence d’une allégorie de la Littérature. Cette statue, conservée à la maison de George Sand à Nohant, montre que leurs relations, malgré les conflits, se poursuivent aussi sur le terrain artistique. Le sculpteur sait tirer parti de son réseau, mais sa production ne saurait se réduire à son mariage : il obtient de nombreuses commandes de portraits et développe un vocabulaire personnel entre romantisme, réalisme et goût du spectacle.

Auguste Clésinger, 1849, domaine public, via Wikimedia Commons.
Portrait de Solange Dudevant, épouse du sculpteur et fille de George Sand.

Atelier Nadar, domaine public, via Wikimedia Commons.
George Sand représentée comme allégorie de la Littérature, par Clésinger.
Chopin : masque mortuaire et monument du Père-Lachaise
La proximité de Clésinger avec la famille Sand le met aussi en relation avec Frédéric Chopin. Lorsque le compositeur meurt à Paris le 17 octobre 1849, Clésinger réalise son masque mortuaire ainsi qu’un moulage de ses mains. L’année suivante, il exécute le monument funéraire du musicien au Père-Lachaise : une figure de marbre, généralement identifiée à Euterpe, muse de la musique, se penche en deuil avec une lyre brisée. Cette œuvre est devenue l’une des images les plus connues du cimetière.
Le monument de Chopin montre une autre facette du sculpteur. Là où la Femme piquée par un serpent impose une sensualité presque provocante, la muse funéraire recherche l’émotion retenue et la poésie romantique. Le visage, le geste et l’instrument brisé composent une allégorie immédiatement lisible, sans renoncer au naturalisme du marbre. Pour les visiteurs du Père-Lachaise, c’est souvent l’œuvre de Clésinger la plus visible, même si son auteur repose lui-même dans une autre division.

Wikimedia Commons, via Wikimedia Commons.
La muse funéraire du monument de Frédéric Chopin, sculptée par Auguste Clésinger en 1850.
Un sculpteur de commandes et de variations
Après le coup d’éclat de 1847, Clésinger poursuit une carrière abondante. Il travaille le marbre, le bronze, le plâtre peint et réalise aussi des tableaux. La Bacchante de 1848 prolonge les recherches de la Femme piquée par un serpent dans un registre mythologique. Il conçoit également des œuvres religieuses, notamment pour l’église de la Madeleine à Besançon, et répond à de nombreuses commandes de bustes. Cette diversité lui permet de naviguer entre le goût mondain, la commande publique et les attentes de collectionneurs.
La critique lui reproche parfois l’excès de virtuosité ou le goût des effets. Mais ces traits appartiennent à une sculpture du XIXe siècle qui cherche à rivaliser avec la peinture et le théâtre dans sa capacité à émouvoir. Clésinger demeure un technicien remarquable : les surfaces de peau, de chevelure, d’étoffe et de roche participent à l’intensité de ses compositions. Son œuvre est moins uniforme que celle des grands maîtres académiques, mais elle restitue avec une force particulière les tensions de son temps.

Auguste Clésinger, 1848, via Wikimedia Commons.
Bacchante, marbre, musée du Petit Palais.
Dernières années et postérité
Clésinger reçoit la croix de chevalier de la Légion d’honneur en 1849, puis est promu officier en 1864. Ces distinctions signalent une reconnaissance officielle qui contraste avec l’image du provocateur du Salon de 1847. Il continue à travailler à Paris et maintient une place dans les réseaux artistiques. Berthe de Courrière, modèle et compagne de ses dernières années, devient son héritière ; elle sera ensuite liée à l’écrivain Rémy de Gourmont, ce qui explique la composition de la tombe de la division 10.
Il meurt le 5 janvier 1883 à Paris. Sa postérité repose sur quelques œuvres immédiatement identifiables, mais également sur les nombreux portraits, statues et monuments qu’il laisse. La Femme piquée par un serpent demeure une référence de la sculpture romantique par son audace ; le tombeau de Chopin constitue, lui, une étape essentielle de la mémoire du Père-Lachaise. Clésinger apparaît ainsi comme un artiste à la croisée de la commande officielle, du scandale moderne et du monde littéraire de George Sand.
Œuvres principales
- Femme piquée par un serpent (1847), marbre, musée d’Orsay.
- Louise de Savoie (1847), statue, jardin du Luxembourg.
- Bacchante (1848), marbre, Petit Palais.
- Monument funéraire de Frédéric Chopin (1850), Père-Lachaise.
- Sappho (1854).
- Hercule enfant étranglant les serpents de l’Envie (1857).
- Néréide (1869), musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon.
- Allégorie de la Littérature sous les traits de George Sand, Nohant.
Distinctions et repères
- 1843 : première participation au Salon de Paris.
- 1847 : succès et scandale de la Femme piquée par un serpent.
- 1847 : mariage avec Solange Dudevant, fille de George Sand.
- 1849 : chevalier de la Légion d’honneur.
- 1850 : réalisation du monument de Frédéric Chopin au Père-Lachaise.
- 1864 : promu officier de la Légion d’honneur.
- 1883 : inhumation au Père-Lachaise, division 10.