Qui est Luigi Cherubini ?
Date de naissance : 8 septembre 1760 (Florence, grand-duché de Toscane).
Date du décès : 15 mars 1842 (Paris, France), à 81 ans.
Activité principale : Compositeur, pédagogue et directeur du Conservatoire de Paris.
Nom de naissance : Maria Luigi Carlo Zenobio Salvatore Cherubini.
Où est la tombe de Luigi Cherubini ?
Division 11 — chemin Denon, dans la partie ancienne du cimetière, à quelques mètres de la tombe de Frédéric Chopin.

Le monument funéraire de Luigi Cherubini au Père-Lachaise
Élevé en 1846 par les amis, élèves et admirateurs du compositeur, le monument est conçu par l’architecte Achille Leclère. Le sculpteur Augustin-Alexandre Dumont y a représenté la Musique couronnant de laurier le buste de Cherubini. L’épitaphe rappelle explicitement l’hommage de ceux qui l’ont connu et de ceux qu’il a formés.


Biographie de Luigi Cherubini
Né à Florence le 8 septembre 1760, Luigi Cherubini appartient à cette génération de musiciens italiens dont la carrière se déploie dans l’Europe entière, avant de trouver à Paris son centre de gravité. Compositeur d’opéras, de musique sacrée et de musique de chambre, il devient aussi l’une des grandes autorités de l’enseignement musical français. Son nom est aujourd’hui associé à Médée et à ses deux Requiem, mais son influence sur les institutions et les compositeurs du XIXe siècle fut tout aussi considérable.
Son père, Bartolomeo Cherubini, est musicien et lui donne ses premières leçons. L’enfant manifeste très tôt des dispositions exceptionnelles : il commence à composer avant l’adolescence, en particulier des pages religieuses. La famille le confie ensuite à des maîtres plus renommés, dont Giuseppe Sarti. Auprès de lui, Cherubini approfondit le contrepoint, l’écriture pour les voix et le sens dramatique de l’opéra italien. Cette formation exigeante lui donne un métier d’une sûreté rare, fondé sur la construction musicale plutôt que sur l’effet immédiat.

Les années italiennes
À treize ans, Cherubini possède déjà un catalogue étonnant. Les premières œuvres qu’il écrit pour les églises toscanes témoignent d’une aisance précoce, mais le théâtre l’attire bientôt. Une bourse du grand-duc de Toscane lui permet de poursuivre ses études à Bologne puis à Milan. Il y découvre de très près les mécanismes de l’opera seria : la virtuosité des chanteurs, la hiérarchie des airs, l’importance du livret et le rôle de l’orchestre dans la caractérisation des situations. Ses premiers opéras, créés en Italie dans les années 1780, respectent encore largement ces conventions.
Son séjour à Londres, entre 1784 et 1786, constitue une autre étape décisive. Il compose pour le King’s Theatre et apprend à travailler dans un système théâtral très différent de celui des cours italiennes. Cette expérience aiguise son sens pratique : Cherubini sait désormais s’adapter aux attentes d’une troupe, aux impératifs de la scène et à un public cosmopolite. Il n’abandonne pas pour autant sa recherche d’une expression plus dense. Peu à peu, son écriture dramatique gagne en tension et en couleur orchestrale.

Paris et la conquête de la scène française
En 1788, Cherubini s’installe à Paris. La capitale est alors l’un des grands laboratoires musicaux de l’Europe. L’Académie royale de musique, les théâtres de boulevard, les concerts et les salons offrent des débouchés nombreux, mais la concurrence est considérable. Le violoniste Giovanni Battista Viotti soutient son arrivée et facilite son intégration dans les milieux musicaux. Cherubini francise son prénom et son nom dans les documents officiels ; l’Italie demeure sa patrie d’origine, mais la France devient définitivement le lieu où se joue sa carrière.
La Révolution transforme profondément le monde du spectacle. Cherubini traverse cette période troublée sans quitter Paris, travaillant pour des théâtres dont les noms, les directeurs et les répertoires changent au gré des événements. En 1791, Lodoïska lui apporte son premier grand triomphe français. L’ouvrage, créé au Théâtre Feydeau, frappe par son énergie, ses ensembles dramatiques et son usage de l’orchestre. Son succès installe le compositeur parmi les rénovateurs de l’opéra-comique, genre alors en pleine mutation.

Médée, une œuvre hors norme
Créée en 1797, Médée est l’œuvre qui résume le mieux l’ambition dramatique de Cherubini. Le compositeur y transforme le mythe antique en une tragédie d’une violence psychologique inhabituelle. Il n’écrit pas pour flatter la seule virtuosité vocale : l’orchestre participe à la montée de l’angoisse, les chœurs renforcent la dimension publique du drame, et les contrastes harmoniques font entendre l’isolement progressif de l’héroïne. Cette partition, admirée par les musiciens mais longtemps moins familière du grand public, retrouvera une place majeure au XXe siècle grâce à de grandes interprètes.
Ses autres opéras importants, notamment Elisa, Anacréon, Faniska, Les Abencérages ou Ali Baba, montrent une curiosité constante pour les formes nouvelles. Cherubini expérimente les finales d’actes, enrichit les ensembles et donne aux bois et aux cuivres une responsabilité dramatique accrue. Il n’est ni le représentant docile de la tradition italienne, ni un compositeur français par simple adoption : sa force est d’avoir fondu ces héritages dans une écriture personnelle, rigoureuse et souvent audacieuse.

Le maître de la musique sacrée
Après l’Empire, Cherubini se tourne de plus en plus vers la musique religieuse et instrumentale. Ce déplacement ne correspond pas à un retrait : il prolonge sa recherche d’une expression sévère, concentrée, où chaque détail d’écriture compte. Le Requiem en ut mineur, composé en 1816 à la mémoire de Louis XVI, est accueilli comme une œuvre majeure. La pureté des chœurs, la gravité de l’orchestration et l’absence de toute démonstration facile impressionnent profondément les contemporains. Beethoven, Schumann et Brahms compteront parmi ses admirateurs.
En 1836, il écrit un second Requiem, en ré mineur, destiné à ses propres funérailles et confié aux seules voix d’hommes. Les autorités religieuses avaient critiqué l’emploi de voix féminines dans le premier. Cette dernière partition, plus dépouillée encore, porte la trace d’un musicien qui conçoit la liturgie comme un espace de méditation et de discipline. Ses messes, ses motets et ses pages chorales font de Cherubini l’un des grands continuateurs de la tradition contrapuntique dans la France du XIXe siècle.
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Directeur du Conservatoire
En 1822, Luigi Cherubini est nommé directeur du Conservatoire de Paris, institution dont il avait déjà été professeur. Il occupe cette fonction jusqu’à sa mort. Son administration est réputée ferme, parfois sévère ; elle s’appuie sur une idée très haute de la formation musicale. Solfège, harmonie, contrepoint, fugue, pratique orchestrale : rien ne doit être laissé au hasard. Son Cours de contrepoint et de fugue, publié avec Fromental Halévy, devient un texte de référence pour plusieurs générations d’élèves.
La tradition a souvent conservé l’image d’un directeur austère, notamment à travers les souvenirs de Hector Berlioz, avec lequel les relations furent difficiles. Ce portrait mérite d’être nuancé. Cherubini sut aussi reconnaître les talents, encourager les élèves sérieux et défendre la qualité de l’institution. Sa correspondance et les témoignages de ses contemporains révèlent un homme attaché à la peinture, ami d’Ingres, sensible à l’humour et aux fidélités personnelles. Son exigence relevait moins d’une hostilité à la nouveauté que d’un refus de la facilité.
Les dernières années
La reconnaissance officielle accompagne ses dernières années. Membre de l’Institut, chevalier puis commandeur de la Légion d’honneur, Cherubini incarne aux yeux de ses contemporains une autorité artistique européenne. En 1841, Ingres le peint entouré de la Muse de la poésie lyrique : le vieux compositeur, assis devant une partition, y apparaît à la fois concentré et presque intemporel. L’œuvre est l’un des grands portraits de l’artiste au XIXe siècle et le signe d’une amitié fondée sur le respect mutuel.
Luigi Cherubini meurt à Paris le 15 mars 1842. Il est inhumé au Père-Lachaise, en division 11. Son monument, érigé quatre ans plus tard, rassemble la mémoire d’un compositeur qui fut célébré dans toute l’Europe, mais aussi celle d’un pédagogue dont les principes d’écriture et d’enseignement ont structuré durablement la vie musicale française. La proximité de Chopin dans le cimetière rappelle, de manière émouvante, que les générations qui se succèdent à Paris ont continué à dialoguer avec son œuvre.
Dans ce rôle de passeur, Cherubini fut souvent plus important que ne le laisse entendre la seule liste de ses œuvres. Il incarnait une continuité entre le langage classique et les aspirations nouvelles de ses élèves. Ses quatuors, sa symphonie et ses pages pédagogiques ne recherchent pas l’éclat spectaculaire : ils proposent un art de l’équilibre, de la clarté et de la responsabilité de chaque voix. Cette conception de la composition, patiente et architecturée, explique l’estime durable que lui vouèrent des musiciens très différents de lui.

Œuvres principales
- Lodoïska (1791)
- Elisa (1794)
- Médée (1797)
- Anacréon (1803)
- Faniska (1806)
- Les Abencérages (1813)
- Requiem en ut mineur (1816)
- Requiem en ré mineur (1836)
- Cours de contrepoint et de fugue (1835, avec Fromental Halévy)
Distinctions et repères
- 1788 : installation durable à Paris.
- 1814 : chevalier de la Légion d’honneur.
- 1815 : membre de l’Académie des beaux-arts.
- 1822-1842 : directeur du Conservatoire de Paris.
- 1841 : commandeur de la Légion d’honneur, premier musicien à recevoir cette dignité.
- 1842 : inhumation au Père-Lachaise, division 11.