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CARTELLIER Pierre

Orfèvre devenu l’un des sculpteurs les plus estimés de son temps, Pierre Cartellier appartient à la génération qui fait passer la sculpture française de la fin de l’Ancien Régime au néoclassicisme du Consulat, de l’Empire et de la Restauration. Son œuvre, présente dans les grands monuments parisiens comme dans les collections du Louvre et de Versailles, associe la rigueur de l’Antique à une grande précision de métier.

Qui était Pierre Cartellier ?

Date de naissance : 2 décembre 1757, à Paris.
Date du décès : 12 juin 1831, à Paris, à 73 ans.
Activités principales : orfèvre, sculpteur, professeur à l’École des beaux-arts.
Courant artistique : néoclassicisme.

Portrait dessiné de Pierre Cartellier
Pierre Cartellier, croquis de J. M. N. Frémy, 1817, domaine public, via Wikimedia Commons.

Pierre Cartellier naît dans un milieu modeste. Son parcours est celui d’un artiste qui doit d’abord vivre de son travail avant d’obtenir les grandes commandes publiques. Il se forme à l’École gratuite de dessin, puis dans l’atelier de Charles-Antoine Bridan, avant de fréquenter l’Académie royale. Cette formation lui donne une connaissance très concrète des matériaux, du modelage et des exigences de la commande décorative.

Il commence comme orfèvre, discipline qui aiguise le goût du détail et la maîtrise des volumes. Cette expérience marque durablement sa sculpture : même dans les œuvres monumentales, Cartellier reste attentif au dessin des surfaces, à la netteté des contours et à l’équilibre de la composition. Sa carrière se déploie pendant une période de bouleversements politiques, mais il réussit à travailler sous des régimes très différents, de la Révolution à la monarchie restaurée.

Où est la tombe de Pierre Cartellier ?

Pierre Cartellier repose au cimetière du Père-Lachaise, dans la division 53. Sa sépulture, connue sous le nom de Cartellier-Heim, se trouve avenue de la Chapelle. Elle rappelle aussi la mémoire de sa fille Alexandrine-Françoise-Charlotte, dite Fanny, épouse du peintre Jean-François Heim, morte très jeune.

Plan des divisions du Père-Lachaise
Plan des divisions : division 53.

Le monument funéraire Cartellier-Heim

La sépulture est particulièrement remarquable par son décor sculpté. Elle associe la tombe de Cartellier à celle de sa fille et possède un bas-relief de marbre, à la fois intime et monumental. La Ville de Paris la compte parmi les monuments funéraires remarquables du Père-Lachaise. Pour un sculpteur qui consacra sa vie à la mémoire publique, ce tombeau constitue aussi une œuvre de mémoire familiale.

Tombe de Pierre Cartellier au Père-Lachaise
Tombe de Pierre Cartellier, division 53. Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Sépulture Cartellier-Heim
Sépulture Cartellier-Heim, division 53. Touron66, CC BY-SA, via Wikimedia Commons.

Biographie de Pierre Cartellier

À la Révolution, Cartellier participe aux travaux de transformation de l’église Sainte-Geneviève en Panthéon. Il est donc associé à l’un des grands chantiers symboliques du nouveau régime. La sculpture officielle doit alors inventer de nouveaux signes, célébrer des héros civiques et organiser l’espace public selon un langage inspiré de l’Antiquité. Cartellier y trouve le cadre esthétique qui correspond le mieux à son tempérament.

Le néoclassicisme qu’il pratique ne consiste pas à copier servilement les statues antiques. Il en retient la clarté, la retenue des attitudes et la force expressive d’un geste simple. Au Salon de 1801, sa Pudeur, inspirée de la Vénus du Capitole, lui apporte une reconnaissance importante. L’œuvre montre son goût pour une beauté disciplinée, fondée sur l’équilibre des lignes plutôt que sur le mouvement spectaculaire.

La Pudeur de Pierre Cartellier
La Pudeur, Pierre Cartellier, via Wikimedia Commons.

Sous l’Empire, Cartellier reçoit des commandes liées à la glorification militaire et politique. Il travaille notamment au décor de l’arc de triomphe du Carrousel et à des figures destinées aux monuments publics. Son art répond aux attentes du pouvoir impérial : faire du marbre et du bronze les instruments d’une histoire héroïque. Il réalise aussi des portraits et des bustes, genres dans lesquels sa précision d’orfèvre rencontre les exigences de la représentation officielle.

Il est nommé membre de l’Institut et reçoit la Légion d’honneur en 1808. Ces distinctions consacrent une position devenue centrale dans la sculpture française. Cartellier enseigne à l’École des beaux-arts et transmet à une génération plus jeune un attachement à la qualité du dessin et à la discipline du métier. L’enseignement lui permet de prolonger son influence au-delà de ses propres commandes.

Sa carrière ne s’interrompt pas avec la chute de Napoléon. La Restauration lui confie notamment le projet de statue équestre de Louis XIV pour Versailles. À sa mort, seul le cheval a été fondu ; son gendre Louis Petitot achève la figure du roi. Cette histoire résume la place de Cartellier : reconnu par des régimes opposés, il est avant tout un sculpteur d’État, capable de donner une forme durable aux récits que le pouvoir veut inscrire dans la pierre et le bronze.

Il travaille également pour le tombeau de Vivant Denon au Père-Lachaise et reçoit la commande du monument de l’impératrice Joséphine à Rueil-Malmaison. Pour ce dernier, il s’inspire de la figure agenouillée de Joséphine dans le célèbre tableau du Sacre de David. La sculpture funéraire et commémorative lui offre ainsi un autre terrain : non plus seulement exalter les victoires, mais fixer le souvenir des disparus dans une image digne et recueillie.

Pierre Cartellier meurt à Paris en 1831. Son nom est moins célèbre que celui de certains de ses contemporains, mais son œuvre reste visible dans de grandes collections et des monuments parisiens. Il incarne une sculpture néoclassique française précise, savante et profondément liée à la commande publique. Au Père-Lachaise, son tombeau est une halte importante pour qui s’intéresse à l’art funéraire, car il réunit la mémoire d’un artiste et une œuvre sculptée appartenant elle-même au patrimoine du cimetière.

Repères

  • 1757 : naissance à Paris.
  • 1801 : succès de La Pudeur au Salon.
  • 1808 : membre de l’Institut et décoré de la Légion d’honneur.
  • Années 1810-1820 : grandes commandes publiques et enseignement aux Beaux-Arts.
  • 1831 : décès et inhumation au Père-Lachaise, division 53.