Qui est Alphonse Bertillon ?
Date de naissance : 22 avril 1853 (Paris, France).
Date du décès : 13 février 1914 (Paris, France) à 60 ans.
Activité principale : Criminologue, fonctionnaire de police et inventeur de méthodes d’identification judiciaire.
Nom de naissance : Alphonse Bertillon.
Où est la tombe d’Alphonse Bertillon ?
La tombe est située dans la division 89, avenue Aguado.

Le monument funéraire d’Alphonse Bertillon au Père-Lachaise
Dans la division 89, la tombe d’Alphonse Bertillon se distingue par son monument de pierre, élevé après la mort du criminologue. La partie supérieure encadre un grand médaillon de bronze le représentant. Ce relief, réalisé en 1918 par le sculpteur Paul Theunissen, est accompagné de deux figures allégoriques. Les inscriptions ne se contentent pas de donner un nom : elles rappellent le « signalement anthropométrique », les empreintes digitales et la photographie métrique. Le tombeau présente ainsi, de manière très directe, les outils qui ont fait l’importance de Bertillon dans l’histoire de l’identification judiciaire.

Tombe d’Alphonse Bertillon au cimetière du Père-Lachaise.
Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Médaillon et inscription du monument funéraire d’Alphonse Bertillon.
Pierre-Yves Beaudouin, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Biographie d’Alphonse Bertillon
Alphonse Bertillon a donné son nom à un système d’identification qui a profondément transformé le travail de la police à la fin du XIXe siècle. À une époque où un récidiviste peut facilement changer de nom, de vêtement ou de domicile, reconnaître avec certitude une personne déjà arrêtée demeure difficile. Bertillon cherche à remplacer l’à-peu-près des signalements par une méthode commune, fondée sur la mesure, la photographie et le classement. Son « bertillonnage » sera diffusé dans de nombreux pays avant d’être supplanté par l’empreinte digitale.

Alphonse Bertillon, autoportrait photographique.
Domaine public, via Wikimedia Commons.
Né à Paris le 22 avril 1853, Bertillon grandit dans une famille où les statistiques, la médecine et l’anthropologie sont familières : son père, Louis-Adolphe Bertillon, est médecin et statisticien. Sa propre trajectoire est moins régulière. Après plusieurs emplois, il entre à la Préfecture de police de Paris comme modeste employé chargé des dossiers. Ce travail répétitif lui révèle un défaut majeur des archives policières : elles accumulent les informations, mais ne permettent pas de retrouver rapidement un individu qui cherche à dissimuler son identité.
Son idée est simple dans son principe et ambitieuse dans son application. Chaque adulte possède un ensemble de dimensions corporelles relativement stables. Bertillon propose d’en relever plusieurs : longueur et largeur de la tête, longueur de l’avant-bras, du pied, de l’oreille ou de certains doigts. Ces mesures ne doivent pas établir une prétendue nature criminelle ; elles servent à différencier matériellement des personnes. À ce relevé chiffré, il associe un signalement descriptif codifié, les marques particulières et, bientôt, des photographies prises selon des règles constantes.
À partir des années 1880, le signalement anthropométrique est mis en place à la Préfecture. L’efficacité du système repose autant sur la façon de classer les fiches que sur les mesures elles-mêmes. Bertillon imagine des catégories successives qui réduisent le nombre de dossiers à consulter. Il impose aussi le portrait judiciaire de face et de profil, dans un cadrage comparable d’une personne à l’autre. Le portrait n’est plus une image isolée : il devient un document de travail relié à une fiche, à un numéro et à un ensemble de données vérifiables.

Exemple de fiche anthropométrique selon le système Bertillon, 1891.
Domaine public, via Wikimedia Commons.
La méthode est rapidement observée par les polices étrangères. Bertillon dirige le service de l’identité judiciaire et publie des manuels pour uniformiser les pratiques. Le « bertillonnage » devient le premier système d’identification criminelle largement diffusé à l’échelle internationale. Il répond à une évolution concrète du maintien de l’ordre : la ville moderne, ses déplacements rapides et ses fichiers de plus en plus vastes obligent à organiser l’information autrement.
Bertillon élargit parallèlement ses recherches à la photographie judiciaire. Il travaille sur la photographie métrique des scènes de crime, destinée à conserver la position des objets et les distances observées, ainsi que sur le relevé des empreintes de pas. Il s’intéresse aussi aux empreintes digitales, qu’il considère d’abord comme un complément à ses fiches. La dactyloscopie, plus simple à appliquer et plus fiable pour établir l’identité d’une personne, finit toutefois par s’imposer au début du XXe siècle. Le système de Bertillon recule alors, mais sa logique documentaire — standardiser, mesurer, classer et comparer — reste au cœur de la police technique et scientifique.

Photographie judiciaire de scène de crime associée aux méthodes de Bertillon.
Musée de la Préfecture de Police / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
Sa carrière comporte aussi un épisode sombre : l’affaire Dreyfus. Appelé comme expert, Bertillon défend une théorie graphométrique censée attribuer le bordereau à Alfred Dreyfus. Ses démonstrations, très complexes et fondées sur des raisonnements contestés, sont critiquées dès l’époque. Elles contribuent à conforter une condamnation qui sera finalement reconnue comme une erreur judiciaire. Cette affaire rappelle qu’une apparence de rigueur scientifique ne dispense jamais de contrôler les hypothèses, les limites d’une méthode et la compétence de celui qui l’emploie.
Alphonse Bertillon meurt à Paris le 13 février 1914. Son nom demeure associé à une transition décisive : celle d’une police fondée sur le signalement verbal vers une police qui photographie les individus et les lieux, relève des traces et construit des archives capables de comparer des données. Ses outils n’ont pas tous survécu, mais ils ont contribué à faire de l’identification judiciaire une pratique organisée et contrôlable.
Publications et méthodes principales
- La Photographie judiciaire, 1890.
- Identification anthropométrique : instructions signalétiques, 1893.
- Le signalement anthropométrique, ou « bertillonnage ».
- La standardisation du portrait judiciaire de face et de profil.
- La photographie métrique des scènes de crime et le relevé des empreintes de pas.
Distinctions et reconnaissances
- Directeur du service de l’identité judiciaire de la Préfecture de police de Paris.
- Créateur du premier système internationalement diffusé d’identification judiciaire fondé sur des mesures corporelles.
- Son nom a donné le terme « bertillonnage ».
- Son monument funéraire porte la mention « inventeur du signalement anthropométrique ».